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Chasseneuil sur Bonnieure (16260)
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Jean-François ARRIVE BEYLOTJean-François
ARRIVE BEYLOT
Conseiller municipal
Né le 23 Juin 1971
 

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Renseignements Pratiques

Histoire ancienne de Chasseneuil sur Bonnieure...

Introduction

Introduction

Les textes qui peuvent être consultés dans cette section du site informatique de Chasseneuil
n’ont aucunement la prétention de représenter de manière exhaustive ce que fut notre village puis notre petite ville au fil des siècles.


Pour cela, il existe déjà un certain nombre d’ouvrages littéraires complets et détaillés sur notre région dans lesquels, à des titres divers, Chasseneuil est cité.  La riche collection des Editions Bruno Sepulchre est une référence en la matière, il faut simplement avoir la patience de lire et de chercher pour trouver. D’autres, plus récents, comme José Deslias, ont apporté leur pierre à l’édifice tant par le texte que par l’image qui manque cruellement dans les ouvrages anciens.

La finalité du site informatique que nous avons créé est de mettre à disposition, sur le web, une grande partie de l’histoire connue et une petite partie de l’histoire inconnue glanée tant dans les livres et recueils que sur le web en partant d’un évènement majeur que nous avons vécu au début du 21ème siècle, en l’occurrence les fouilles du cimetière mérovingien de la place de l’église.

Ce travail, considérable, de fouilles et d’inventaires, a donné lieu à des découvertes surprenantes qui n’ont pas finies d’interpeler les archéologues. Il a donné naissance à un mémoire composé de 3 gros volumes dont un exemplaire est déposé en Mairie. L’essentiel des questions posées dans ces documents peut se résumer ainsi :

  1. Pourquoi un site aussi important (1/10° seulement a été exploré)? Cela ne correspond en rien au modeste Cassanoialos connu jusqu’ici. Il y a eu, manifestement, un habitat beaucoup plus important que celui d’une simple villa.
  2. Quid, dans le mobilier funéraire, des pierres semi-précieuses originaires de l’Inde et de Ceylan même si on fait la relation avec les invasions wisigothes et romaines qui étaient connectées à la Route de la Soie et qui ont traversées la région en direction de l’Atlantique?

Au-delà de ces questions et de la part de mystère qui y restera attachée, car les réponses ne seront jamais que des suppositions pour l’essentiel, il reste que l’actuelle Chasseneuil peut prétendre à une ascendance assez prestigieuse. Elles nous ont conduits à chercher à remonter le temps, par le travail des chercheurs. La matière existe sur le web, il suffit de la consulter et de faire des recoupements pour arriver à des conclusions ou des hypothèses pour le moins surprenantes…

En route pour le passé, la Table de Peutinger va nous aider à rêver !

CHASSENEUIL / étymologie - il est communément admis, dans la plupart des documents ayant fait l'objet d'une publication à partir du 18ème siècle, que le nom de Chasseneuil serait une extrapolation d'une racine latine égale à « cassanoîalos » dont la signification serait `clairière des chênes' au sens large du terme attendu que les traductions du latin ancien au latin nouveau (notre français actuel) doivent être tempérées par les aléas du rapport des siècles entre Cassanoîalos et Chasseneuil. On verra plus loin, que sans s'éloigner de la racine latine, on peut trouver d'autres interprétations du nom du lieu dit de nos origines. Au demeurant, le rapport à ce que nous appelons un chêne peut quand même être retenu attendu que nous sommes bien dans ce qui peut être considéré comme la marche du Limousin avec le chêne rouvre, le chêne pubescent et autres variétés qui cohabitent sans état d'âme avec le chataignier qui, lui, n'a pas laissé de traces dans notre nom de commune mais est largement répandu, sous diverses formes dans de nombreux noms de villages ou lieux-dits. Il semble que la langue d'Oc dont nous sommes l'ultime zone frontalière de l'ouest du Limousin était aussi, avec le chêne têtier qui subsiste encore péniblement dans nos campagnes, la marque de notre appartenance à la civilisation des Troubadours.

On peut toutefois relever d'autres interprétations du nom de Chasseneuil.

La première pourrait être issue de ce qui s'appelle la Table de Peutinger qui est une représentation plus que moyenâgeuse des fleuves et estuaires de la Loire, la Charente et la Garonne. Une interprétation de ce document pourrait donner à penser que Chasseneuil (ou la Terne ou les Bouchauds, autres sites historiques) auraient été nommés sermanicomago !.. on est alors très loin du Cassanoïalos qui nous va si bien et dont on a la traduction officielle.

La seconde, tirée d'un ouvrage écrit par un érudit charentais du 19ème siecle, fait référence au nom de cassinogilum qui serait commun avec le Casseneuil de l'Agenais. Là aussi, aucun espoir de connaître l'étymologie de ce nom propre de lieu sauf à demander à un latiniste distingué de nous donner l'interprétation actuelle d'un mot multiséculaire... avec la part d'incertitude qui peut en découler en toute logique.

Quoiqu'il en soit, même si nous n'avons aucune certitude, il n'est pas interdit de rêver et de se créer une ascendance virtuelle, c'est comme en généalogie !

LA BONNIEURE, elle, pose moins de problèmes quant à son étymologie tant est patente l'allusion phonétique à « bonnes eaux » avec les déformations habituelles dues aux siecles comme aux déformations du parler occitan.

Le Bas Empire

Le Bas Empire et la Table de Peutinger

Tous les natifs de Chasseneuil qui ont connu l'Enseignement dans la première moitié du 20ème siècle ont, à un moment où à l'autre de leur cursus scolaire, rencontré le Maître ou la Maîtresse mordu de l'antiquité qui les ont initié à la période de l'empire romain qui bénéficiait alors d'une aura qu'elle a bien perdu depuis. Il est vrai que les traces du passage ou du séjour des légions étaient nombreuses un peu partout dans les campagnes pourvu qu'elles se soient situées à proximité d'une voie de circulation, d'un sanctuaire, de thermes ou de camp retranché. La Gaule d'alors n'était pas encore la toile d'araignée qu'elle est devenue depuis avec Paris pour nombril. Les voies «romaines» empierrées reliaient les villes et les garnisons principales entre elles en tenant compte des accidents de terrain comme les rivières et les fleuves, qui constituaient des obstacles naturels et méritaient réflexion tant dans leur approche que dans leur franchissement par gués le plus souvent et par pont «romain» parfois.
C'est ainsi que nous apprenions que Chasseneuil était au moins un lieu de passage assez fréquenté dés l'époque romaine puisqu'on pouvait encore deviner plus que voir le camp romain des Peines (entre Chasseneuil et Cherves-Chatelars), celui de Chez Fauquet (tout proche des Peines) qui surveillait le val de Bonnieure, ils étaient sans doute desservis par la voie romaine qui franchissait la Bonnieure entre l'Age et le lieu dit Saugueuil par un gué qui a laissé le nom de Bauquet (ou beau gué) au village qui domine le site de Saugueuil. Au milieu du 20ème siècle on pouvait encore voir la trace de la voie romaine pavée de platins qui sortait des prés de Bonnieure à Saugueuil et se dirigeait vers le village de Bauquet. Une voie romaine pavée devait avoir une certaine importance puisqu'elle permettait les déplacements en toutes circonstances météorologiques (crues importantes exceptées).
D'où venait cette voie et où allait elle ?... il semble qu'on en soit encore au stade des hypothèses. Une des hypothèses avancées nous situerait sur le tracé de la voie de Auristo (Augustoritum ou Limoges) à Médiolano Sancorum (= médiolanum santonum ou Saintes). A l'appui de sa thèse, l'érudit propose un tracé relevé sur la Table de Peutinger.

LA SAGA DE LA TABLE DE PEUTINGER (références encyclopédie Wikipédia)

La Table de Peutinger (Tabula Peutingeriana) aussi appelée Table Théodosienne est une carte qui représente l'ensemble de l'empire romain. Le document conservé à la Bibliothèque de Vienne (Autriche) est un original médiéval (XIIème siècle) réalisé à l'époque par copie d'un document plus ancien dessiné à Constantinople qui remonterait au IVème siècle à l'époque de l'empire romain sous le règne de Theodosius. Cette carte de Peutinger ne peut apporter pratiquement aucune indication sur la connaissance des routes à l'époque d'Hannibal, mais elle peut nous donner une idée sur la façon dont Tite-Live pouvait s'imaginer un itinéraire dans les Alpes. Car cette carte de l'an 350 a certainement eu des ancêtres plus ou moins semblables dès le premier siècle avant JC.

La Table de Peutinger se présente sous la forme d'un rouleau de près de 7 m de long et 34 cm de large, découpée en 12 morceaux dont l'un a disparu. L'échantillon présenté ci-dessous, ainsi que la planche représentant les Alpes correspondent à la reproduction faite par Conrad Miller en 1887. Elle contient encore des erreurs et des divergences par rapport à l'originale du XIIème siècle, ce document lui-même s'éloignant du modèle antique soit par la confusion des unités utilisées, soit par les nombreuses copies successives. Il existe en France une copie postérieure à la version Peutinger à la Médiathèque de Troyes.

Dans cet échantillon du fac-similé (Miller, 1887) de la Table de Peutinger représentant la Provence et la vallée du Rhône, on remarque aisément l'estuaire du Rhône (Ostia Flumine Rodani), la ville d'Arles (Arelato), Lyon, double tour dans le coin en haut et à droite, le confluent du Rhône et de la Durance, le port de Fos-sur-Mer (Fossis Marianis) et le bâtiment en demi-cercle qui matérialise le premier port de Gaule. Pour les tracés des voies romaines, consultez Les Alpes sur la table de Peutinger.

Dans ce type de carte, il ne faut pas rechercher une représentation exacte et proportionnée des territoires. Son utilité est plutôt d'ordre topologique : on a des renseignements précis sur la direction à prendre à chaque intersection de voies. Il suffit de choisir une direction, soit à droite, soit à gauche soit tout droit, de donner des renseignements pratiques sur les itinéraires basés sur les directions à prendre à chaque carrefour. Arrivé dans une ville, si vous ne savez pas s'il faut continuer à droite ou à gauche, la Table de Peutinger saura vous renseigner. Elle fonctionne un peu comme un Guide Michelin en donnant des renseignements sur la nature et  les possibilités d'étapes. Les distances mentionnées entre chaque étape sont relativement fiables.

La partie représentant la région Rhône-Alpes indique les voies romaines principales et notamment la Via Domitia qui relie Narbonne aux Alpes. A l'époque d'Hannibal, la Via Domatia n'existait pas, mais sur son tracé, il existait un parcours gaulois qui menait jusqu'au col du Mont-Genèvre en passant par Arles, Apt, Sisteron et Briançon. Cette carte nous donne toutefois des renseignements importants comme par exemple le fait qu'à partir de Lyon les routes sont mesurées en lieues. Ce qui signifie que si cet arpentage à survécu aux mesures romaines, c'est qu'il était déjà largement utilisé sur un réseau routier bien développé.


La voie romaine de Limoges à Saintes :  Sur la base des données apportées par la Table de Peutinger, on peut en effet repérer sur le 2ème parchemin ce qui est noté comme étant le Sinus Aquitanicus, qui serait en fait la représentation symbolique du golfe d'Aquitaine dans lequel se jette au nord la Loire issue du pays nantais et au sud le fleuve Charente et plus au sud encore, la Garonne.

Le long du fleuve Charente on peut identifier formellement la voie romaine qui allait de Limoges (Ausrito) à Saintes (Médiolano sancorum). Ce tracé passe par Cassinomago (Chassenon) et note le lieu dit Sermanicomago sans traduction contemporaine. L'érudit charentais qui a fait cette étude note que ce dernier nom pourrait être attribué à La Terne ?..., Chasseneuil ou les Bouchauds. En consultant la carte on peut constater que ce Sermanicomago se situe à l'est du fleuve Charente (donc possible pour Chasseneuil) alors qu'il est impossible pour les Bouchauds qui se situent à l'ouest du même fleuve de plus la distance entre les villes références semble à peu prés la même entre Limoges et Chassenon (XIIII) qu'entre Chassenon et Chasseneuil (XII) ce qui, même actuellement, est de même valeur. Notons également, pour la petite histoire, que cette route qui semblait bien nous desservir se poursuivait en réalité bien au-delà de Saintes, jusqu'à Bordeaux (Burdigalo) en passant par Blaye (Blavia), c'était donc un chemin d'importance qui explique le fait qu'il était probablement empierré de bout en bout puisqu'il en subsiste encore des traces minérales entre Bassé et les Bouchauds. Le long de cette voie romaine, certains chercheurs se sont penchés sur ce que cette civilisation méditerranéenne nous a laissé comme traces tangibles.
Au chapitre des objets d'archéologie, jusqu'au XIXème siècle ils n'ont pas bénéficié de l'attention et de la protection dont ils sont l'objet maintenant. Un de nos érudits écrit alors « nous sommes bien en peine aussi pour parler de l'angoumois de la dynastie des Sévères au règne de Gratien (235-375). Aucun texte, aucun vestige archéologique ne permettent ici de disserter sur la crise du IIIème siècle et les troubles qui l'accompagnèrent. Les enfouissements monétaires qui, ailleurs, sont considérés comme des signes indubitables de la menace ou du passage d'envahisseurs, manquent presque totalement pour les années terribles de 253 à 275. On ne peut relever qu'une seule découverte d'un trésor de quelque consistance, enfoui vers 270 à Pressignac. Celle d'un important lot monétaire, datant de la même époque a été enregistrée à Chasseneuil sur Bonnieure, mais n'a pas été inventoriée... Les spécialistes attribuent cette rareté des enfouissements monétaires à la rareté des numismates dans le département de Charente. Que sont devenues les pièces de ce trésor ?....Qui les a trouvées ?
Un autre érudit charentais nous fait part du résultat de ses recherches à l'occasion d'une étude sur l'étymologie des noms de lieux-dits Chasseneuil

Chasseneuil (Cassinogilum)
Il ne faut pas confondre le Chasseneuil de l'angoumois avec celui de l'Agenais (qui est Casseneuil en réalité) maison de plaisance des rois francs. Notre Chasseneuil n'en est pas moins une position antique, à en juger par les tombeaux qu'on y a découverts, et dans lesquels on a trouvé des urnes et un grand nombre de médailles des empereurs. Ces médailles, d'une grande beauté et d'une parfaite conservation, sont pour la plupart en or. Elles appartiennent à Monsieur de Lacroix, receveur particulier à Confolens. Elles remontent au III° siècle et à la fin du II° siècle. "Celles qui m'ont paru les plus remarquables sont un Trajan, un Antonin-le-Pieux, un Volusien, les deux Gordiens, un Philippe et quelques impératrices. Les urnes trouvées à Chasseneuil avaient été déposées dans le temps à la Sous-préfecture de Confolens. Je n'en connais ni le nombre ni les dimensions." Il ajoute, désabusé, le commentaire suivant : "Elles devraient être placées dans le Musée archéologique d'Angoulême, ainsi que toutes celles qu'on a trouvées à diverses époques dans le pays. Ces objets qui ont si peu de valeur par eux-mêmes, cessent bientôt d'offrir le moindre intérêt lorsqu'on ne sait plus de quel lieu ils ont été tirés. Je voudrais faire comprendre aux possesseurs d'objets antiques, sous les yeux desquels ces lignes pourraient tomber, que l'acte du patriotisme le plus éclairé et le plus louable est de faire hommage à un musée de ces débris, qui, réunis ensemble, sont comme des témoins de l'antiquité des lieux où ils ont été découverts. Si la cupidité personnelle l'emporte il arrive d'ordinaire que des héritiers de partagent ces objets qu'ils les jettent, sans y attacher aucun prix, dans des recoins où ils ne tardent pas à se briser. Et si plus tard on veut les placer dans des collections publiques, le souvenir de leur origine se trouve perdu, l'on doute alors, et avec juste raison, de leur âge véritable, tellement les faussaires sont habiles à fabriquer ces objets."
 

Voie antique de Limoges à Saintes
: Pour clore ce chapitre ; nous reproduisons ci-après le croquis et les commentaires d'un éminent charentais sur le chapitre des camps romains qui sécurisaient les voies de communication en même temps qu'ils assuraient la représentation militaire du pouvoir des césars romains sur les remuants gaulois parents proches des Obélix et Astérix de Goscinny...
Deux camps sont sur cette voie :

Le camp de Chez Fouquet, entre le Chatelars et Chasseneuil est placé sur la rive gauche de la Bonnieure, au sommet d'un coteau, dans une position très forte. Il a la forme d'un carré dont un des angles se trouve naturellement arrondi par la forme même de la colline, les cotés ont 100 mètres.
En voici le plan (et cf schéma ci-dessous):
Les talus du parapet ont encore 3 mètres d'élévation au sud et à l'ouest. Mais au Nord et au Sud, il n'y a pas de talus, le camp se trouve défendu par une pente très abrupte au dessus d'une profonde vallée. On remarque au Nord une seconde terrasse pour mieux défendre le camp contre ceux qui eussent voulu escalader la colline. Aucun souvenir dans le pays ne se rattache à ce camp.

Le camp des Peines
, à peu de distance de celui de Chez Fouquet. Il est dans la plaine et plus rapproché de la voie antique, mais il est moins fort que celui de Chez Fouquet et n'a pas, comme ce dernier, de très belles fontaines placées à ses pieds, pour l'usage des troupes. C'est un parallélogramme de 110 mètres de longueur sur 90, les parapets ont été abattus en partie, un angle seul subsiste assez entier, au sud- est.


Ces lignes datent de 70 à 100 ans, elles correspondaient à une réalité de l'instant, il y a fort à parier que rien, absolument rien de physique ne subsiste de ces traces et que l'explosion de l'agriculture mécanique s'est chargé de niveler le terrain. Restent les documents...



A
: Sud, double retranchement

N : Nord, vallée

L : Entrée du camp

E
: Seconde terrasse du nord

La Table de Peutinger

La Table de Peutinger

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Appelée Carte des étapes de Castorius, la Table de Peutinger, Tabula Peutingeriana ou Peutingeriana Tabula Itineraria est une copie datant du XIIIème siècle d'une vieille carte romaine montrant les routes et les villes principales de l'Empire romain. Elle fut découverte en 1494 dans une bibliothèque de Wôrms par Conrad Celtes. Elle porte le nom de l'humaniste et amateur d'antiquité Konrad Peutinger Aussi (Augsburg, 14 octobre 1465 - 28 décembre 1547) qui l'hérita de son ami Conrad Celtes en 1508. Bien qu'il fût dans les intentions de Peutinger de publier la carte, il mourut avant de mener cette tâche à bien.

La Table est composée de 11 parchemins assemblés pour former une bande de 682 cm sur 34 cm. Elle montre 200 000 km de routes mais aussi l'emplacement de villes, mers, fleuves, forêts, chaînes de montagnes. La Table montre la totalité de l'Empire romain, le Proche-Orient et l'Inde, indiquant le Gange et Sri Lanka (Insula Trapobane), même la Chine est mentionnée. Quelques 555 villes et 3 500 autres particularités géographiques sont indiquées, comme les phares et les sanctuaires importants, souvent illustrées d'une imagette. Les villes sont représentées par deux maisons, les cités importantes - comme Rome, Constantinople, Antioche - sont signalées par un médaillon.

Le format ne permet pas une représentation réaliste des paysages, ni des distances, mais ce n'était pas dans les intentions du concepteur. La carte doit plutôt être vue comme une représentation symbolique, à l'image des plans de métros comme celui de Londres, permettant de se rendre facilement d'un point à un autre, de connaître les distances des étapes, sans offrir une représentation fidèle de la réalité. De fait, elle est considérée comme la première représentation cartographique d'un réseau.

Les parcours demeurent assez réalistes. Chaque station porte la longueur de l'étape tandis que des vignettes signalent les villes principales, les villes thermales, etc. Nombre de ces "stations" ne correspondent pas à des villes mais à des carrefours. Inévitablement, la Table comporte des erreurs de copistes. Certains noms de villes ou des distances d'étapes comportent des coquilles : Grenoble est nommée Culabone alors que le nom classique antique de cette ville est Cularone (Cularo) ; certains V deviennent II, ou inversement. Afin de faciliter l'utilisation de la Table, il est conseillé d'avoir en regard un exemplaire d'une "carte de redressement", qui propose une projection sur une carte géographique des stations et itinéraires de la Table. Pour la Gaule : « Carte de redressement de la Gaule pour l'intelligence de la Table de Peutinger », par exemple.

Elle est probablement basée sur la carte du monde préparée par Marcus Vipsanius Agrippa (né en 64av. J.-C., décédé en 12 av. J.-C.), un ami personnel de l'empereur Auguste. Après sa mort, la carte a été gravée dans le marbre et placée sur le Porticus Vipsanice, non loin de l'Autel de la Paix, le long de la Via Flaminia. Toutefois, c'est une version actualisée au IVème siècle qui paraît être présentée. Le manuscrit est généralement daté du XIIIème siècle, il serait l'œuvre d'un moine copiste anonyme de Colmar, qui aurait reproduit vers 1265 un document plus ancien. L'original doit être postérieur à 328 car il montre la ville de Constantinople qui est fondée cette année-là. Il ne devait pas être à jour, cependant, car il indique l'emplacement de Pompéi, qui n'a pas été reconstruite après sa destruction par le Vésuve en 79. D'un autre côté, certaines villes de Germanie inférieure sont indiquées alors qu'elles ont été détruites et abandonnées depuis le Vèmesiècle.

La première feuille représente l'est des îles Britanniques, la Hollande, la Belgique, une partie de la France et l'ouest du Maroc. L'absence de la péninsule ibérique laisse supposer qu'une douzième feuille, aujourd'hui manquante, présentait l'Espagne et le Portugal ainsi que la partie occidentale des îles britanniques.
Après une première édition partielle en 1591 sous le nom de Fragmenta tabulce antiquce par la maison d'édition de Johannes Moretus, la Table est finalement imprimée en décembre 1598, toujours à Anvers, par l'imprimeur Jean Moret (250 exemplaires).
L'original est conservé actuellement à l'Hofbibliothek de Vienne, (Autriche).
Un fac similé de la Table est visible à la Bibliotheca Augustana.
Il existe également une copie, en noir-et-blanc, de la Table dans les archives de la cartothèque de l'IGN, située à Saint-Mandé, en proche banlieue parisienne. C'est un fac similé de la "Copie Von Scheyb" datant de 1753. La Bibliothèque Nationale de France possède également des exemplaires des éditions plus anciennes : la Table dite d'Anvers (1598) et celle d'Amsterdam (1619).

La Carte de Peutinger

Sermanicomago

DE L’INTERPRETATION TENDANCIEUSE DE LA TABLE DE PEUTINGER

Dans l’édition 1986 de l’ouvrage commun « La Charente de la Préhistoire à nos jours », l’équipe de chercheurs qui a rédigé l’ouvrage focalise son travail sur la cote aquitaine pour déterminer les voies romaines qui intéressent plus spécialement notre région. Et le commentaire est le suivant :  « l’Angoumois était à l’époque romaine un district rural, où la vie urbaine fut longue à éclore. Le réseau routier de grande communication le démontre, pour autant qu’on puisse le connaître aujourd’hui, il n’est aucunement ordonné en fonction de grands sites de la campagne charentaise où une forme de vie urbaine se développe progressivement, à commencer par Angoulême. Le territoire est traversé par de grandes routes qui, dans le réseau gallo-romain, relient entre elles les capitales des cités voisines et laissent à l’écart Angoulême. Un document unique sur les grands axes routiers de l’Empire romain est la Table de Peutinger, reproduction, remontant au XIIIème siècle, d’une carte antique composée pour l’essentiel au IIIème siècle.  Elle indique deux voies principales qui intéressent la Charente.

  • voie de Limoges à Saintes : de Ausrito (Augustoritum, Limoges) : 17 lieues (37,5 km) ; Cassinomago (Chassenon)17 ou 22 lieues (37,5 ou 49 km) ; Sermanicomago (la Terne ?, Chasseneuil ?, les Bouchauds ?) la distance manque ; Aunedonnaco (Aulnay)16 lieues (35,5 km) ; Mediolano Sancorum (Saintes)
  • voie de Perigueux à Saintes : de Vesonna (= Vesunna, Périgueux) 20 lieues (45 kms) Sarrum (Charmant, Charras, Voulegézac ?) 10 lieues (22 kms ; Condate ( ? région de Cognac-Merpins) la distance manque.

Commentaire tendancieux sur le tracé Limoges/Saintes par Cassinomago, Sermanicomago et Aunedonnaco : En prenant en considération : que le plan ci-dessus est une reproduction approchante de l’original qui est en mauvais état : qu’il faut faire la part des choses dans la copie de ces documents souvent difficiles à déchiffrer et comprendre dans une lecture qui intervient 17 siècles plus tard ; qu’on a du mal à imaginer un tracé à main levé quand on pratique le GPS, on peut toutefois avancer une hypothèse en faveur de Chasseneuil pour Sermanicomago.  En effet, entre Ausrito (Limoges) et Cassinomago (Chassenon) on lit sur le plan XVII lieues (ou 37,5 km) ce qui correspond parfaitement à la distance à vol d’oiseau sur une carte routière moderne. Entre Cassinomago (Chassenon) et Sermanicomago (Chasseneuil ?..) on lit XII lieues (ou 25kms) ce qui correspond encore une fois exactement à la distance à vol d’oiseau sur une carte routière moderne. L’auteur du texte ci-dessus s’interroge pour savoir qui, de La Terne, les Bouchauds ou Chasseneuil peut s’attribuer le nom gallo-romain de Sermanicomago.  Outre le fait que les distances affichées (en lieues traduites en kms) correspondent parfaitement entre Limoges, Chassenon et Chasseneuil, il faut noter que Sermanicomago est situé bien à l’est du fleuve Charente, alors que La Terne est un village de Luxé situé à l’ouest du fleuve Charente, et que Les Bouchauds sont à plus de 10 kms à l’ouest du fleuve Charente également.  En outre, la Terne se situe très au nord du tracé supposé de la voie romaine Limoges-Saintes alors que Chasseneuil et les Bouchauds sont parfaitement alignés sur le tracé quasi rectiligne de cette desserte romaine.  Il faut penser que nous nous situons dans une région peu accidentée qui n’obligeait pas au contournement de montagnes ou vallées prononcées, les seules contraintes venaient des rivières qu’il fallait franchir à gué lorsqu’un pont n’existait pas.
Reste que si nous pouvons nous prévaloir de ce nom de Sermanicomago (antérieur ou postérieur à Cassanoïalos ?....) il nous faudra le concours d’un latiniste distingué pour en connaître la signification probable si tant est qu’il y en ait une.
N.B. : la reproduction de plan ci-dessus est accompagnée du commentaire suivant : « la Gaule occidentale sur la Table de Peutinger.  Au centre, les pays charentais.  Le monde méditerranéen est étiré comme un long ruban parce que cette carte est peut être la copie réduite d’une peinture qui s’étirait sur la paroi d’un long portique.  La configuration géographique est donc symbolique.  Les 3 fleuves dessinés sont, de bas en haut : la Garonne, la Charente, la Loire(Fl Liger).  Sous le nom de Sinus Aquitanicus, « golfe aquitain », la côte de l’Aunis au Finistère (en haut Gesocribate est Brest) est représentée comme un long estuaire.  Sur l’original (682 cms sur 34 cms au total en couleurs) l’encart dessiné ci-dessus mesure 20,5 cm sur 5 cms.
Le monde romain n’avait pas notre forme, mais si on fait abstraction de nos notions de géométrie moderne, la carte devient lisible et compréhensible.

En complément et pour conforter l’hypothèse avancée à propos de Sermanicomago, il faut lire ce qu’écrivait Mr de La Bastide, distingué historien local, dans le bulletin de la Société Archéologique de la Charente dans sa séance du 11 Janvier 1922 : Mr de la Bastide étudie la question de savoir si les Bouchauds ont pu être le « sermanicomago » de la Table Théodosienne (autre nom de la table de Peutinger) et présente à ce sujet les observations suivantes « les Bouchauds sont un plateau d’une douzaine d’hectares qui domine d’une vingtaine de mètre le terrain environnant par des pentes très raides, à peu prés de tous les côtés.  L’état de guerre perpétuel qui régnait entre les diverses populations gauloises les obligeait à posséder  des places de sureté faciles à mettre en état de défense, où la tribu plaçait ses approvisionnements, ses petites industries, son commerce, son centre d’échange, et où elle se réfugiait en cas de danger. La plaine fertile qui s’étend entre Aigre et Cognac avait nécessairement un Oppidum de sûreté, et ce centre de ralliement n’a pas pu se placer ailleurs qu’aux Bouchauds qui seuls, dans la région, présentaient toutes les conditions que recherchaient les Gaulois pour des établissements.
Il existe d’ailleurs, dans la Société, une opinion assez répandue qui place à Genac, Agenaco, la capitale des Agésinates ; et l’Agenaco primitif pourrait bien être précisément cet Oppidum dont le nom s’est transposé à Genac après la destruction de la ville situé sur le plateau, dont le Genac actuel n’était qu’une dépendance, comme le montrent les nombreux restes romains qu’on y trouve. L’occupation du plateau n’est certainement pas romaine : car les faibles garnisons romaines ne pouvaient guère occuper des positions d’une étendue supérieure à 2 hectares, qui sont la superficie moyenne des Camps Prétoriens.  Les Bouchauds ne pouvant pas être romains sont nécessairement Gaulois.
Les travaux du Père de la Croix ne peuvent laisser aucun doute sur le développement de cette station.  Son théâtre est urbain et non rural, par conséquent destiné aux seuls besoins d’une ville. Au 1er siècle, il est construit pour un millier de spectateurs. Au IIème  siècle on l’agrandit et il peut contenir de 3.OOO à 4.OOO personnes assises. Au IIIème siècle sa capacité est portée à 8 ou 9.OOO spectateurs. Un pareil monument ne peut convenir que pour une très grande ville. En fait, sur toute l’étendue du plateau on relève des traces d’habitations plus ou moins importantes ;  Mr Chauvet a relevé des restes du rempart, vestige de l’ancien Oppidum, tout autour du plateau ; et à plusieurs kilomètres à la ronde, les ruines romaines abondent avec tous les détails d’une vie fastueuse. Il a y a eu là certainement une ville très importante, qui s’est groupée autour de l’ancienne forteresse, comme autour de tant d’autres Oppida gaulois.
Tout concourt à sa prospérité. La Charente passe à Montignac, à 9 kilomètres. Une très grande Voie, que nous croyons être celle construite par les ordres d’Agrippa, passe au pied du plateau, allant de Chassenon à Saintes par le Port de Montignac. Une autre Voie, en partie relevée par Mr Lièvre, vient de Périgueux, passe au pied d’Angoulême et continue sur Aulnay. Une troisième Voie signalée en ses diverses parties par M.M. Lièvre, le Père de la Croix et Favraud et qui semble avoir été une piste gauloise très ancienne, vient de Poitiers par Ruffec, Luxé et Parcillac, et continue par Echallat, le Gué de Jusac où on devait trouver l’épée à antennes de notre Musée ; et par Archiac, Jonzac et Mirambeau, conduit vers Bordeaux. S’il est tout à fait fortuit que la première Voie, dans son tracé rectiligne, soit passée au pied des Bouchauds, les deux autres y sont certainement venues intentionnellement.
Et, brusquement, toute cette prospérité disparaît sans laisser d’autres traces que des ruines, péniblement reconstituées de nos jours. Le Père de la Croix place cette destruction dans le courant du IIIème siècle, soit en 257, où une bande de pillards francs traverse le Rhin mal gardé par les légions romaines occupées à faire et défaire des Empereurs, soit à une deuxième vague de pillards qui, en 275-276, dévastait toute la partie ouest de la Gaule et était arrêtée par l’Empereur Probus. Cette deuxième date plus probable que la première. La destruction des Bouchauds a dû être complète et définitive car on n’y relève aucune marque de reprise. C’est une tranche de la vie gauloise qui commence avec sa reconstitution dans des conditions nouvelles, et le vieil Oppidum n’y prendra point part. Deux villes vont hériter de la situation des Bouchauds : Angoulême et la Terne (proche de Luxé) Angoulême répondra, par sa situation même, aux nouveaux besoins. La ville s’entourera de murs, le centre administratif s’y transportera et c’est là que Saint Ausone viendra prêcher la Foi nouvelle. Un siècle plus tard, lorsque l’Aquitaine Seconde sera partagée en Civitates, Angoulême deviendra la Capitale de l’une d’elles et l’ancienne Civitas des Agésinates deviendra celle des Ecolismensium. Autour de la Terne se constitue également un centre très considérable, car entre Luxé, Echoisy et Fouqueure on trouve partout des substructions romaines.
Quelle qu’ait été la prospérité de notre région, il est inadmissible qu’en même temps elle ait possédé, sur une étendue de 25 kilomètres, 3 cités assez importantes pour que l’une soit devenue la capitale et les deux autres aient laissé de semblables vestiges.
La réforme administrative qui divisait les anciennes provinces en Civitates est de la fin du IVème siècle et consacre la situation d’Angoulême. Les plus anciennes monnaies trouvées dans le groupement de La Terne datent su milieu du 3ème siècle. Par conséquent, des trois villes, ce sont les Bouchauds qui avaient disparu.
Or la Table Théodosienne date de la fin du IVème siècle. Ce document ne peut nous donner que les stations alors existantes et les principaux gîtes d’étapes du temps.  Au moment de son établissement le plateau des Bouchauds était déjà, depuis un siècle, les ruines abandonnées d’une station détruite et devenue sans intérêt. Il est donc impossible d’y chercher le Sermanicomago de cette table.  Cette mystérieuse station ne peut se trouver qu’à un emplacement prospère au moment où la Table a été établie, et non dans un amas de ruines désertes depuis un siècle.

C.Q.F.D. !.... et ce qui laisse toutes ses chances à l’hypothèse de Chasseneuil

Cette hypothèse semble pas ailleurs étayée par les conclusions tirées des fouilles effectuées en 2000/2001 sur le site du cimetière mérovingien mis à jour autour de l’Eglise Saint-Saturnin. En effet, la lecture du mémoire des chercheurs nous apprend un certain nombre de choses inconnues des érudits d’avant l’an 2000.

  1. les fouilles ont porté sur une centaine de sarcophages disposés sur 800 m2 du site de proximité de l’église.
  2. le mémoire précise que ce travail a exploré à peine 10% de la surface supposée du site
  3. dans le mobilier funéraire exhumé, trié, classé, conditionné et analysé, on a retrouvé des objets de très belle facture et notamment des pierres fines dont la provenance (des Indes ou de Ceylan !...) suppose qu’il se situait sur une voie de desserte importante (le chemin de César) et que ce site était habité par une certaine bourgeoisie - donc par une population relativement importante - ce qui exclue de facto la simple population d’une villa romaine comme certains l’ont laissé entendre
  4. il en découle que ce cimetière mérovingien ne correspond pas du tout à une modeste agglomération, d’autant plus que les sarcophages semblaient être réservés alors à une certaine élite, le menu peuple devait, déjà, se contenter de sépultures bien plus modestes sans cuves calcaires, qui n’ont gardées aucune traces tangibles des inhumations dans de simples linceuls.

Il reste que tout ceci reste une simple hypothèse, il serait souhaitable que des travaux, de terrassement notamment, tombent un jour sur une trace du passé autre que de sépulture pour relancer l’intérêt des fouilles.  Elle sera peut être le lot des prochaines générations de chasseneuillais.

L'Itinéraire d'Antonin

L'Itinéraire d'Antonin donne la liste des étapes et des distances qui les séparent pour toutes les routes qu'il cite. Malgré son nom, rattaché à celui de l'empereur Antonin, ce document est à dater de la fin du IIIème siècle. Proche de la Table de Peutinger, il permet de la compléter.
Itinéraires anciens - Mentions : Peutinger ; Antonin ne mentionne que Saintes et Limoges sur des itinéraires différents.

VR 27 : de Saintes à Limoges
De Saintes à Limoges, cet itinéraire est jalonné par d'intéressants vestiges dont trois amphithéâtres et d'un théâtre.

Généralités sur les Voies Romaines

Leur objet était la facilité et la rapidité des communications. Les principaux objectifs étaient: militaires - économiques - administratifs

Caractéristiques de construction.

  - Les routes étaient assez diversifiées selon les lieux et le terrain mais il y a des constantes :

  • Solidité pour durer (Un siècle sans réparation pour certaines parties)
  • Composition multicouche avec fondations profondes pouvant aller jusqu'à 1,5 m.
  - En tranchées ou en remblais sur un sol solide.
  • Renforcement des sols faibles.
  • Assise solide type "hérisson", couche de grosses pierres sur chant (pour le drainage) et encastrées les unes dans les autres
  • Pierrailles et graviers tassés sur 40 à 50 cm.
  - Les surfaces étaient constituées de :
  • Graviers (le plus courant) via glarea strata.
  • Pavés ou dalles (forte circulation, près des agglomérations, passages délicats) via lapide strata.
  • Mortier (rare)
      
  - Les rebords  étaient souvent de dalles ou de pierres verticales.
  - La largeur pouvait varier de 1,5 m. à 7 m. le plus courant étant 5 à 6 mètres.
  - Les virages étaient calculés plus larges (essieux rigides non pivotants)
  - Les bas côtés importants comportaient des servitudes ou un domaine public.
  - Les recharges ultérieures ont peu à peu modifié les structures.

 - Les bâtisseurs

 - Les soldats bâtisseurs.
   Travail de bonne exécution par des professionnels.
  - Les populations locales.
    Travail plus médiocre exécuté par les habitants des cités avoisinantes à l'aide d'esclaves ou de condamnés plus ou moins de circonstance.

 - Le tracé

 - Il était souvent rectiligne mais ce n'est pas absolu, il s'agirait plutôt de traces directes ou de successions de lignes droites.
  - Plutôt sous la ligne de crête, sur une même courbe de niveau (Voir sans être vu)
  - Il fallait éviter les agglomérations, les zones humides, les forêts.
  - Utilisation fréquente des réseaux indigènes.

 - Les Dénominations
 - Les routes romaines portaient la plupart du temps un nom dérivé de la personne qui avait présidé à leur construction ou à leur ouverture. ex : La via Domitia qui provient de Cnaeus Domitius Ahenobarbus qui transforma en voie romaine des anciennes pistes du sud de la Gaule.

 - On distinguait également les voies privées des voies publiques.

 - Les bornes miliaires
   Colonnes de pierres d'une hauteur de 1,50 m. à 2,50 m.  Elles jalonnaient les voies romaines (tous les milles romains à savoir 1.481,45 m. ou souvent également toutes les lieux gauloises 2.222 m.) et permettaient l'indication des distances et servaient aussi à l'éloge des empereurs ou bien de personnalités impériales locales.

  - Les ouvrages d'art
    Ponts, tunnels etc. Ils étaient nombreux et remarquables de conception et de solidité.

  - Les gîtes
    Mansio (gîtes d'étape) et mutationes (relais) (repos et ravitaillement des hommes et des bêtes)

  - Les cartes
      On possède fort peu de documents sur les itinéraires romains. Il existe principalement :
      La Table de Peutinger. C'est une copie médiévale d'une carte antique qui comporte de gênantes déformations, des incertitudes et des manques.
      L'itinéraire d'Antonin. C'est une sorte de recueil d'étapes avec l'indication des distances à travers l'empire romain peut-être à destination fiscale (vers 212- 215)

L'itinéraire de Bordeaux à Jérusalem.

Récit de pèlerinage vers l'an 333.

      L'entretien
      Il était très coûteux, les taxes pour y parvenir étaient nombreuses et variées.
      Il n'a pas toujours été performant malgré la solidité de nombreux tronçons. On attendait souvent que la route soit impraticable pour la refaire. Cela se faisait souvent par rehaussement qui pouvait amener la chaussée a une certaine hauteur.

      Les péages
      Les péages ou postes de douanes étaient assez nombreux, les autorités n'en étaient pas dispensées.
      Ce droit de passage (portorium, Quarantième des Gaules soit 2,5%) permettait principalement la construction et l'entretien des routes.

      Les véhicules
      La majorité des déplacements et des transports se faisaient à pied, à dos d'homme ou mieux avec des bêtes de somme.
      Cependant les marchandises lourdes étaient transportées soit par des chariots légers à deux roues, soit par des charrettes plus lourdes à quatre roues pouvant emmener jusqu'à 500 kg.
      En général les pentes des voies romaines étaient trop fortes pour ce genre de véhicules et le train avant fixe rendait les virages laborieux.
      Les transports terrestres étaient longs et coûteux comparés au transports par voie d'eau.

      Les Voyageurs
      En premier lieu ce sont les armées qui utilisaient la voie romaine mais les autres catégories étaient nombreuses :
      Courriers officiels (Cursus publicus, la poste impériale) ou non, marchands, maçons, artisans divers, et même des touristes, bien que les routes ne soient pas toujours très sûres.

      Les marchandises
      Des produits alimentaires :
            Huile, vin, fruits, fromages, etc. Des produits manufacturés :
            Céramiques, cuirs, vêtements etc. Des produits divers :
            Bois, résine de sapin pour les torches, sel etc. De gros matériaux :
            Marbre, pierres de taille, minerais etc.

Les affaires sanglantes

Les affaires sanglantes

Bien que renommé pour sa quiétude habituelle, notre village n’est pas resté à l’écart des accidents de l’histoire. Comme les autres, il a été soumis aux soubresauts qui ont très régulièrement secoués la société civile et/ou militaire au fil des régimes qui se sont succédés   Deux histoires ont fait la « une » des gazettes de l’époque. Elles ont été consignées par les témoins directs avec toute la partialité dont ils pouvaient faire preuve en l’occurrence en raison notamment de l’interprétation des faits qui pouvait varier considérablement en ces temps troublés selon qu’on se situait d’un côté ou de l’autre de la barrière sociale qui séparait les nantis des pauvres, de la religion selon qu’on appartenait à l’église catholique et romaine ou à la religion dite réformée, de la force de frappe selon que l’on ne disposait que d’une fourche  en face d’une épée ou d’un mousquet.

La première se situe pendant les guerres de religion qui ont ensanglantées l’ensemble du pays à plusieurs reprises au cours du 16ème siècle notamment pendant le règne de Charles IX et Catherine de Médicis. Tiré du mémoire intitulé « l’Angoumois à la fin de l’Ancien Régime » de Munier (1732-1820) il relate par le menu et accompagné de gravures explicites le supplice infligé à des religieux catholiques par des réformés sans nous préciser les motifs du supplice. Il est toutefois précisé que ces « curieuses planches sont extraites d’un ouvrage papiste » et intitulées « théatre des cruautés des hérétiques » tout un programme !... du moins pour ceux qui auraient pu manquer d’imagination dans la cruauté. On peut supposer, mais ce n’est qu’une hypothèse que ce massacre a pu se dérouler sous l’œil de Gaspard de Coligny - dit l’Amiral - qui a sévi dans la région à la tête de troupes de confession protestante avant d’être éliminé, de quelle manière, par Catherine de Médicis lors de la trop célèbre Saint-Barthélémy…

  • En la paroisse de Chasseneuil, prés d’Angoulême, ils prirent un prêtre nommé loys Frayard, homme selon le rapport de témoignage des habitants du lieu, de fort bonne vie et vertueux exemple. Ils lui mirent les mains dans une chaudière pleine d’huile bouillante, si souvent et si longuement qu’à la fin sa chair cuite tombe en lambeaux. Et non contents de si cruelle torture, ils lui versèrent dans la bouche de cette même huile bouillante, et voyant qu’il respirait encore, ils le tuèrent à coups d’arquebuse !....
  • Ils prirent un autre prêtre, nommé maître Colin Guillebeaut, vicaire de Saint-Auzonne et après l’avoir honteusement mutilé, ils l’enfermèrent dans un coffre tout percé de trous puis versèrent sur ce pauvre malheureux telle quantité d’huile bouillante qu’ils le firent mourir en ce tourment.
La seconde se situe géographiquement au village de Mestric (l’actuel Metry) à l’orée du Siècle des Lumières (le 18°).

Ceci explique peut être en partie cela car il est patent que les idées nouvelles qui circulaient sur une certaine égalité – bien que toute relative- des hommes et sur une certaine liberté des esprits – lesquelles allaient engendrer les abus de la Révolution dans les 20 dernières années du siècle – mais qui aurait pu prévoir ?.. ces idées nouvelles donc amenaient certains plébéiens qui savaient lire a penser que la société serait amenée à changer et qu’il importait de ne plus plier systématiquement devant l’autorité lorsqu’elle abusait manifestement de ses prérogatives au seul bénéfice des tenants du pouvoir discrétionnaire.  Cette narration de l’Affaire de Métry est tirée des « Mémoires de l’Angoumois » de E. Senemaud 1850. Il est à noter que ce drame s’est noué dans le village de Metry qui bien que faisant partie de la Paroisse de Chasseneuil, relevait pour sa gestion de Poitiers.  Metry  était alors un village sous la protection d’un seigneur qui y possédait une maison noble avec sans doute pouvoir de basse et haute justice par l’intermédiaire d’un suzerain qui était le maître du château de Civray (dans la Vienne actuelle).  De cette maison noble, ruinée, il est resté longtemps parait-il une motte sur laquelle quelques pans de murs subsistaient.  Le drame s’est noué à l’occasion d’une collecte de la taille (impôt aussi honni que la gabelle tout aussi célèbre).
Le texte de cette narration est le suivant :

" Il y a dans le voisinage de l’élection d’Angoulesme quelques enclaves du Poictou qui sont des dépendances du Château de Sivray, et en cette qualité abandonnées pour la taille moyennant cinq sols qu’elles payent audit château.  Les habitants de ces enclaves ont bien été maintenus dans cette exemption, mais le Conseil en a restreint l’effet aux domaines situés dans l’enceinte du territoire privilégié, et à égard des tenures desdits habitants qui s’entendroient dans le taillable des autres paroisses, il a été ordonné qu’ils payeroient la taille pour raison de ce, et à proportion de l’étendue et consistance desdites tenures ; à l’effet de quoi, et pour faire le règlement, M.M. les intendants de Poictiers et de Limoges se transporteroient sur les lieux, et qu’ils seroit fait un rôle des rôles particuliers par addition à ceux desdites paroisses, lesquels seroient arrêtés par des collecteurs que les habitants desdites enclaves seroient tenus de nommer, sinon qu’il leur en seroit pris et nommé d’office.  En exécution de quoi, et en attendant mesdits sieurs les intendants pussent s’assembler, y ayant eu des commissaires par eux nommés, qui se seroient transportés sur les lieux, on auroit fixé à une certaine somme arbitraire règlée ce que devoient supporter les habitants de quelques unes de ces enclaves, entre autre quelques villages de la paroisse de Cherves, et en particulier les habitants de l’enclave de Mestric, qui pour le spirituel de la paroisse de Chasseneuil.  Ces habitants n’ayant voulu ni nommer de collecteurs, ni souffrir que ceux qu’on avoit nommés d’office travaillassent à la confection des rôles, il fut décerné contre eux diverses contraintes, à toutes lesquelles ils forment autant de rébellions, en sorte qu’il ne fut pas possible de rien exiger d’eux pendant plusieurs années.
Enfin Mr Dorsay, ayant envoyé dénoncer un ordre, au mois d’octobre 1724, à ceux qui avoient été nommés collecteurs pour Mestric, de se rendre auprés de lui, pour l’informer des causes de leur refus, et ces particuliers n’ayant point obéi, il décerna en décembre 1724, à la réquisition du receveur des Tailles d’Angoulesme, une contrainte par corps contre eux, qui fut remise entre les mains du lieutenant de la maréchaussée d’Angoumois pour la mettre à exécution. Cet officier se transporta à Chasseneuil le19 mars 1725, au soir, avec quatre de ses brigades, le tout au nombre de vingt et un, tant officiers que cavaliers.   La troupe se rendit le lendemain, à la pointe du jour, dans l’enclave, au village du Querroy, lieu de la résidence des collecteurs.  Elle y trouva environ deux cents personnes, tant dudit village que d’autres circonvoisins, assemblées et armées, les unes de fusils et de pistolets, et les autres de faux emmanchées à l’envers, de fourches de fer, de pieux, et de gros bâtons, jusqu’aux femmes, qui étoient aussi armées de pierres.
Ces mutins firent feu sur la maréchaussée, qui fut aussi obligée de tirer sur eux.  Il y eut une femme tuée dans ce tumulte d’un coup d’arme à feu, sans qu’on ai su par qui il fut lâché ; mais deux archers ayant reçu quantité de coups de fusils chargés à balles, en furent renversés, et ensuite assommés de mille coups de pieux qui leur fut donnés par ces furieux, qui s’acharnèrent sur eux avec une cruauté et une inhumanité inouies, et ne les laissèrent qu’après les avoir rendus mourants.  Ces deux malheureux expirèrent en effet le jour même au bourg de Chasseneuil où ils furent conduits sur des charrettes par les soins charitables du curé de la paroisse.
Le lieutenant et autres officiers de la maréchaussée, et le reste de leur troupe, ayant été obligés de se retirer, dressèrent leur procès-verbal, qui fut porté à Mr Dorsay, qui commit le sieur Gervais pour informer, et ensuite décréta les principaux coupables.  D’un autre coté, ces séditieux, cherchant à se mettre à couvert de leur rébellion, s’avisèrent de rendre plainte au nom de quelques uns d’entre eux au lieutnant criminel de Sivray, sous le prétexte de la mort de ladite femme, et les autres ayant servi de témoins, ils surprirent de ce juge un décret de prise de corps contre les officiers et archers de ladite maréchaussée.
Il intervint un arrêt au Conseil d’Etat le 27 du même mois de mars 1725, par lequel Sa Majesté, en évoquant les procédures faites tant par Mr Dorsay que par-devant le lieutenant criminel de Sivray, auroit renvoyé le tout par devers mon dit sieur l’intendant, pour instruire, faire, parfaire et juger définitivement et en dernier ressort le procès avec tel présidial,officiers ou gradés de sa généralité qu’il voudroit choisir, au nombre de juges requis par l’ordonnance.
Enfin, par sentence rendue par Mr Dorsay et les officiers du présidial d’Angoulesme, le 2 Octobre 1725, cinq des absents furent condamnés à mort par contumace, quelques-uns des prisonniers furent bannis, et le reste déchargé, n’ayant pas paru juste d’étendre la peine pour un fait de cette qualité, et dans les circonstances des preuves, sur la communauté des habitants de cette enclave, mais plus régulier d’en restreindre l’effet sur les chef, auteurs et principaux coupables de la révolte"


Ainsi se termine cette triste affaire de Metry qui fit quand même trois victimes pour une méchante affaire de taille qui ne méritait pas mort d’hommes très probablement.  Elle avait dû néanmoins marquer beaucoup les esprits car c’est un des épisodes tragiques de notre histoire dont  on entendait encore parler 200 ans après les faits et c’est la seule qui ait été colportée jusqu’à notre génération par l’oralité des anciens.

Paysages ruraux

PAYSAGE RURAL AU 18ème SIECLE

L’érudit charentais Etienne MUNIER (1832 - 1920) dans son mémoire intitulé « L’angoumois à la fin de l’Ancien Régime » nous brosse le tableau du cadre rural de notre région au 18ème siècle.  Même si ses appréciations et sa dithyrambe peuvent parfois prêter à sourire, elles ont le mérite de la précision et d’avoir été couchées sur le papier comme un témoignage et un instantané.

  • POINT de contact du granit et du règne calcaire sur la route de Limoges à Angoulême :
      « le sol de la terre se dépouille insensiblement après la traversée du pont Sigoulent (sur la Charente entre Roumazieres et la Péruse) de sa composition limousine. Si ce changement n’est pas assez sensible pour frapper les yeux du vulgaire, il commence déjà à intéresser ceux de l’observateur instruit. Les coteaux s’aplanissent, ils sont plus éloignés les uns des autres, le granit  dispute le terrain pendant quelques temps au règne calcaire, il l’enveloppe de manière qu’on a peine à le découvrir dans les entrailles de la terre où il est encore dispersé en menues pierrailles, il ne paroît en grande masses qu’à une lieue et demis de distance du pont Sigoulent, les rochers et les moellons reprennent alors leur assiette ordinaire et laissent entrevoir en grand des lits de différentes épaisseurs et parallèles à l’horizon.
      Les carrières de pierre calcaire sont à une lieue de distance du four à chaux que l’on trouve à la droite de la route prés le Village du Maine Dubeau. Ce petit établissement fournit aux besoins des villes de Chabanois, Saint Junien, Rochechouart et autres lieux, on y fabrique des tuiles creuse et plates, des briques et du carrelage.
      Les silex que l’on trouve le long du chemin après la tuilerie du Maine Dubeau, sont à peu prés de même nature que ceux dont j’ai parlé en faisant l’analyse de la route d’Espagne depuis le Poitou jusqu’à Ruffec, ils deviennent plus communs à mesure que l’on avance dans l’Angoumois, ces silex ressemblent à êtres moyens entre le granit du Limousin auquel ils succèdent et les pierres calcaires de l’Angoumois qu’ils précèdent.  Leur silification est complète jusqu’au bourg de Chasseneuil, elle est imparfaite au-delà de ce terme.
      On trouve, après la tuilerie du Maine Dubeau le Village de Fontafie, situé dans une enclave du Poitou. La route ne présente rien de remarquable depuis Fontafie juqu’aux abords du bourg de Chasseneuil. On aperçoit seulement sur la gauche et vers le milieu de cette distance le Château et le Bourg de Suaux qui sont de l’Evêché d’Angoulême, l’enclave du Poitou se termine à l’entrée de Chasseneuil, elle contient plusieurs bourgs considérables, tels que Benays, Vitrac et Montemboeuf, ces paroisses  jouissent de l’exemption de la Taille, ainsi que les Villages de Goursac, Métri et la Folie sur la Bonnieure. L’étymologie de cette petite rivière peut venir de bonnes eaux on la rencontre dans le dernier avant Chasseneuil. Quoique les privilégiés dont je viens de parler ne payent point de Taille, il est à remarquer qu’ils ne sont pas plus riches que leurs voisins qui n’habitent pas dans un meilleur sol et qui sont assujettis aux contributions ordinaires. Ces enclaves ressortissent à la juridiction de Civrai et sont de l’élection de Confolens, ville du Poitou.
      L’Angoumois reparait avec tous ses agréments en arrivant au bourg de Chasseneuil les bancs horizontaux  de pierre calcaire annoncent un sol plus chaud et de meilleure qualité. On y trouve déjà quelques sainfoins, de la vigne, mais principalement toutes les espèces de grains qui caractérisent un bon sol. On donnera une idée des productions de cette paroisse par le montant de la DIXME qui peut être évaluée annuellement à six mille livres, dont les deux tiers à peu prés tournent au profit du Curé, le dernier tiers appartient au chapitre de La Rochefoucauld et au Seigneur de Chasseneuil. Cette paroisse est un démembrement de la terre de La Rochefoucauld et les Ducs de ce nom en conservent la suzeraineté.

Détails économiques

DETAILS économiques concernant la partie de l’Angoumois qui avoisine le Limousin

La chaîne immense de châtaigniers qui nous ont toujours accompagné jusqu’à présent se métamorphose à Chasseneuil en très beaux marrons que l’on débite principalement à Chabanois et sur les limites du Limousin, il est facile de multiplier les marrons par la méthode suivante…

Les noyers de l’Angoumois sont déjà très nombreux aux abords de Chasseneuil, il semble que les châtaigniers refusent de leur disputer un aussi bon terrain, leur chaine est interrompue jusqu’après la traverse du Village du Vivier que l’on rencontre à une demie lieue de distance. Cet espace est borné à la droite de la route par des prairies excellentes, arrosées par la Bonnieure et à la gauche par des terres labourables de bonne qualité. Les méteils de l’Angoumois commencent à paraître à cet endroit, il est inutile de rappeler ici ce que j’ai dit de cette culture ridicule. Il sera plus agréable pour mon lecteur de l’occuper un instant d’un château nouvellement construit, que l’on voit à la droite de la route à la sortie du bourg de Chasseneuil.

Ce château projeté en grand, avec tous les agréments qui peuvent animer une campagne triste et isolée est à moitié bâti en ce moment. Un salon chinois, un autre à la française, un troisième pour la musique et une salle de comédie, serviront à développer les talents des personnes que les généreux propriétaires de ce grand établissement pourront y rassembler.

La route se divise en deux branches, après avoir quitté le village du Vivier, l’une conduit à Angoulême par le Pont d’Agris, l’autre se dirige au même endroit par La Rochefoucauld, elle est plus suivie.

Le bourg de Taponnat que l’on ne tarde pas à traverser, le fief de Peruset à la droite de la route et le village des Vicards, dépendent de la terre de La Rochefoucauld. Le sol que je viens de parcourir est ingrat, il produit plus de seigle que de froment, les eaux y sont mauvaises et très rares en été. C’est principalement à la gauche de ce canton que l’on pourroit remarquer ce que j’ai dit de l’Angoumois Limousin dont le commerce principal consiste en mairins et cercles de châtaigniers. Les paysans y paraissent encore moins forts que dans les endroits où le vin est plus commun…(l’abus d’alcool…).

Le mairin se tire du Limousin, du Poitou et du Périgord.  On en fabrique aussi dans l’Angoumois. Celui du Limousin est préféré à tous les autres, on le réserve surtout pour la fabrication des tierçons et des pièces de bois destinées à contenir l’eau de vie. Les propriétés du bois de chêne du Limousin sont de se lever aisément à la fente, d’être net, de plier facilement et de se prêter à toutes les formes qu’on veut lui donner en l’exposant à la flamme. Dans toute la Xaintonge, à Chateauneuf, à Jarnac, à Cognac, à Saintes, à Taillebourg, à Saint Savinien, à St Jean d’Angely, à Rochefort, dans l’ile de Ré et dans celle d’Oléron, on préfère le mairin du Limousin pour les barriques comme pour les tierçons, il a même conservé cette supériorité en concurrence avec celui de Hambourg. On emploie encore en Angoumois beaucoup de mairins de bois châtaignier sauvage. Il provient des limites du Limousin. Les paroisses de Vitrac, Cherves et Mazerolles en fournissent beaucoup…

Culture maïs

LA CULTURE du maïs en Angoumois au 18ème Siècle

Terminons ce panorama du monde agricole au 18ème siècle dans notre région par ce qui était encore une nouveauté…du nouveau monde, toujours d’après les écrits de Etienne MUNIER.

Le maïs (blé d’Inde, blé de Guinée, blé de Turquie ou blé d’Espagne) est, malgré ses diverses appellations, originaire d’Amérique. Introduit en Europe peu de temps après la découverte du nouveau continent, il parait avoir été cultivé sur certains points de la France dés la fin du 16ème siècle. C’est au commencement du 17ème selon Munier, ou seulement vers 1650 selon Quénot, qu’il fut connu en Angoumois. Quoiqu’il en soit, il était encore bien peu répandu dans cette province en 1680 puisque d’après un jugement rendu en cette année il devait être considéré comme une menue dîme. C’est vraisemblablement dans les dix dernières années du 17èmè siècle que sa culture prit de l’extension, car Monsieur de Bernage, dans son « mémoire sur la Généralité de Limoges », écrit en 1698, fait observer que les dernières disettes (1692-1695) avaient obligé les paysans à semer une trop grande quantité de blé d’Espagne, qui avait affaibli les terres. Toutefois, cette culture ne devint générale et habituelle que dans les premières années du 18ème siècle, et, dés lors, elle fournit dans plusieurs paroisses la principale récolte des habitants. Nous savons aussi par la Mercuriale du Présidial d’Angoulême que dans les liquidations de rentes qui se faisaient en justice, le blé d’Espagne était estimé valoir les trois quarts du froment.

L’introduction du maïs dans les provinces du sud-ouest, et notamment dans le Lauragais, fut, sans contredit, une heureuse innovation qui a renouvelé et enrichi l’agriculture de ces pays, où on ne cultivait de temps immémorial que des blés sur jachères. En Angoumois, elle aurait pu rendre les mêmes services.  Cette céréale commence, en effet, dit le Comte de Gasparin dans son cours d’Agriculture, tome III, page 745, la série des plantes sarclées, série qui manque dans tous les pays arriérés, où elle n’existe que par exception, et qui, dans ceux où elle est introduite régulièrement, est le couronnement et la gloire de l’agriculture. Mais, nous ne le dissimulons pas, les plantes sarclées sont toutes des plantes épuisantes à un degré plus ou moins grand, et leur alternance prolongée avec les céréales  deviendrait une véritable calamité agricole, si elles ne mettaient le cultivateur sur la voie d’une augmentation de bétail et des ressources propres à le nourrir. C’est ce qui arriva dans notre province. Sous l’empire des pratiques routinières qui dominaient du temps de Gervais, la culture continue du maïs dans des terres sans cesse appauvries ne tarda pas à devenir un fléau public, et nous ne saurions trop louer notre auteur de s’être élevé avec force contre l’abus qu’on en fit.

LES FOIRES à Chasseneuil et environs

La tenue des foires dans notre pays était très règlementée. La plupart des dates faisaient références à la fête de certains saints ou prenaient en repère une des nombreuses fêtes carillonnées de l’Eglise. Elles étaient aussi souvent accordées en récompense d’un service rendu ou roi et faisaient alors l’objet d’une lettre patente qui en précisait les raisons. Pour Chasseneuil la seule référence relevée l’a été dans un bulletin de Société Archéologique de la Charente où il est dit qu’elle se tient le dernier jour de chaque mois. Les Pins par lettre patente avait douze foires le 22 de chaque mois. Vitrac, par lettre patente également avait également douze foires par an tous les premiers jeudis de chaque mois. On peut noter que,  curieusement, celle des Pins qui a disparu a vu ses dates pérennisées à Chasseneuil. Y a-t-il eu transaction à ce sujet ?

18ème siècle

DE TOUT UN PEU SUR LE SIECLE DES LUMIERES

L’origine des informations
: Né à Angoulême le 5 juillet 1668 et décédé à Angoulême le 23 Août 1733, Jean Gervais, issu de la meilleure bourgeoisie angoumoisine a occupé successivement les fonctions d’avocat au Parlement, Lieutenant Criminel au Présidial, et acheva sa carrière nommé Maire d’Angoulême du 13 Décembre 1717 au 30 mars 1721. Très au fait de tout ce qui se passait dans la province, il entreprit de 1725 à 1726 de rédiger un mémoire historique sur l’Angoumois. Son ouvrage, intitulé « Mémoire sur l’Angoumois » fit l’objet d’une réédition commentée en 1864 laquelle a été reprise en novembre 1986 par l’Editeur charentais/parisien Bruno Sepulchre, complétée par un mémoire sur les « terres et fiefs relevant de l’Evêché d’Angoulême » par un autre érudit charentais, Mr Edmond Sémenaud. Ces deux mémoires, même s’ils ne se complètent pas dans la lettre, permettent de se faire une idée de l’Epoque des Lumières en Charente, ils ne prétendent, ni l’un ni l’autre, à une quelconque célébrité, ils se contentent de rapporter des faits « bruts de décoffrage » à chacun d’en tirer ce qui peut lui convenir en faisant abstraction toutefois des appréciations portées par un grand bourgeois sur le petit peuple d’alors, la censure du politiquement correct n’existait alors pas.

Les Chemins publics
(les routes)

C’est une opinion généralement accréditée parmi les populations charentaises, que l’établissement des chemins publics dans le territoire qui forme notre département  est l’oeuvre du 19ème siècle, mais il faut bien le reconnaître, les faits historiques lui donnent le plus formel démenti. Pour rester dans le vrai, il convient de restituer  aux intendants de Limoges et de La Rochelle l’honneur d’avoir les premiers créé en Angoumois un ensemble de routes important. A l’époque où Turgot fut appelé à l’Intendance de Limoges, c'est-à-dire en 1761, il n’existait encore dans notre province, en dehors des voies romaines abandonnées depuis des siècles, qu’une seule grande voie de communication, celle de Paris en Espagne, commencée depuis 80 ans et restée inachevée. Dés son arrivée en Limousin, l’illustre intendant reconnut tout ce qu’il y avait à faire  pour la prospérité matérielle de ce pays délaissé, et il pensa avec raison que le meilleur moyen d’y faire pénétrer un bien-être relatif était de lui créer des débouchés avec l’extérieur. Pour ce faire, il s’occupa avec une attention particulière du service des travaux publics, auquel il donna la plus vigoureuse impulsion. Sous sa haute direction, et à l’aide des mesures administratives et financières qu’il sut prendre ou provoquer, un système de viabilité complet se forma en peu d’années. Par une imposition représentative de la corvée, établie à sa sollicitation sur toutes les paroisses de son ressort, il put se procurer des ressources inconnues jusqu’alors, qui, en venant grossir singulièrement les fonds accordés à sa Généralité par les états du roi (budgets), lui permirent de mettre à exécution ses généreux desseins. Plus tard, des ateliers dits de charité, répandus par ses ordres dans toutes les élections, servirent utilement ses entreprises et contribuèrent puissamment à les populariser, car ils présentaient le double avantage d’offrir dans les mauvaises années une occupation lucrative et inattendue aux familles pauvres, tout en fournissant à l’Administration un contingent de travailleurs suffisant pour assurer l’entretien des routes déjà créées ou le transport des matériaux que nécessitait l’établissement de nouvelles lignes. Un mémoire rédigé en 1775 par Mr Trésaguet, ingénieur en chef des ponts et chaussées de Limoges et adressé à Mr Trudaine de Montigny met en lumière les principes raisonnés ; les soins minutieux  et persévérants qui président à la confection et à l’entretien des chemins faits en rachats de corvées dans cette Généralité depuis 1764, et d’autre part, les instructions et règlements adressés  aux subdélégués sur la régie des ateliers de charité témoignent de la sollicitude paternelle de l’intendant pour les ouvriers, en même temps que de sages  mesures d’ordre et de police prises pour garantir la marche régulière et continue des ouvrages. Lorsqu’en 1774, Turgot quitta l’Intendance de Limoges les travaux publics avaient reçu l’élan décisif sur tous les points de la Généralité ;  Non seulement il avait beaucoup créé, mais encore, ce qui est presque aussi profitable, il laissait après lui des précédents administratifs heureux, une organisation des services sûre et méthodique, et presque en toutes choses des modèles à suivre.
Ses successeurs, M.M. d’Aine et Meulan d’Ablois, n’eurent qu’à continuer son oeuvre, tandis que leurs collègues de La Rochelle rivalisaient avec eux de zèle et de dévouement. L’état suivant des voies de communication exécutées depuis 1761 jusqu’à la Révolution dans la circonscription territoriale occupée présentement par le département de la Charente, permettra d’apprécier les résultats obtenus par ces intelligents et habiles administrateurs, généralement trop peu connus de notre temps.

Suit l’état de la Généralité de Limoges dont nous dépendions pour les voies :

dont
Route de Paris en Espagne. Commencée comme nous l’avons déjà dit, en 1680, et restée inachevée, elle passait primitivement par Villefagnan, Aigre, Saint-Cybardeaux, Chateauneuf et rejoignait au Pont-à-Bras la ligne actuelle. De 1763 à 1772 elle fut rectifiée dans la moitié environ de son parcours, et dirigée par Montalembert (aujourd’hui département des Deux-Sèvres), les Adjots, Ruffec, Villegast, Barro, Verteuil, Salles, Lonnes, Fontenille, Fontclaireau, Mansle, Champniers, Angoulême, Roullet etc… Elle a été améliorée depuis sur divers points et classée Route Impériale N° 10.

Route de Lyon à La Rochelle par Limoges, Chasseneuil, Angoulême, Hiersac, Jarnac etc.. (aujourd’hui Route impériale 141)

…… à 12°

13° Route de Limoges à La Rochelle par Chasseneuil, Agris, Jaules, Anais, La Touche, Vars etc…(aujourd’hui Route départementale N° 11)

Voilà ce que nous devons à la sagacité du grand Turgot pour la desserte de notre commune. Très curieusement, dans ce document, il n’est fait aucune mention ni allusion à ce qui a été un temps une Nationale et qui, partant de Chasseneuil dessert  Confolens en direction de Gueret et Montluçon. Est-ce une part pris, est-ce un oubli ? la question reste posée. Il est pourtant à peu prés certain que cette voie avait, déjà, une certaine importance…

Les cures

Dans le mémoire de Edmond Sénemaud intitulé « terres et fiefs relevant de l’Evêché d’Angoulême » on relève certaines précisions concernant l’importance du clergé séculier à Chasseneuil. Nous étions alors le siège d’un archiprêtré(1) qui gérait un certain nombre de cures sans doute sous l’autorité d’un doyen. L’église d’alors générait des bénéfices confortables dont il fallait assurer la gestion et la répartition. Celui qui conférait le bénéfice se nommait le collateur(2), le fait de le conférer se disait la collation(3), et celui qui la recevait le bénéficiaire, et l’inventaire de tout se disait le pouillé(4).

(1) archiprêtre : curé de certaines églises de canton, curé d’arrondissement
(2) collateur : celui qui conférait(attribuait) un bénéfice ecclésiastique
(3) collation : action de conférer un bénéfice ecclésiastique
(4) pouillé : inventaire, état des bénéfices ecclésiastiques d’une cure, d’une abbaye…

BENEFICES DE L’ARCHIPRESTRE de CHASSENEUIL

Bénéfices Patron
Cure de St Mary à la collation de l’évesque
Cure de Saint-Claud à la présentation de l’Abbé de Charroux
Cure de Taponnat à la présentation de l’Abbé de Salles
Cure de Saint-Adjutory à la collation de l’évesque
Cure de Cherves à la collation de l’évesque
Cure de Nieuil à la collation de l’évesque
Cure de St Laurens de Ceris à la collation de l’évesque
Cure de Vieil-Seris (Vieux-Cerier) à la collation de l’évesque
Cure de Florignac (Fleurignac) à la collation de l’évesque
Cure de Saint-Vincent à la collation de l’évesque
Cure de Vitrac à la présentation de l’Abbé de St Maixant
Cure de Lussac à la présentation  du Prieur de St Florent
Cure de Chantrezac à la présentation de l’Abbé de St Martial de Limoges
Cure de Negret (St Claud) à la présentation de l’Abbé de St Florent
Cure du Grand-Madieu à la présentation de Malte
Cure du Chastelards à la présentation de l’Abbé de Cluny
Cure de Suaux à la présentation de l’Abbé de Baignes
Cure de Mazières à la collation de l’Evesque
Cure de Chasseneuil à la collation de l’évesque

On peut noter que sur 19 cures (y compris Chasseneuil) l’évêque d’Angoulême se taille la part du lion  (10/19). Une seule cure – Grand-Madieu- envoie ses bénéfices à l’ordre de Malte qui entretenait une maladrerie dans le bourg de Grand-Madieu en annexe d’une Commanderie dont l’existence est avérée.
Pour la petite histoire, notons que le prieuré (la cure) et l’église de Chasseneuil ont été ravagés en 1567 par les parpaillots dans le cadre de la guerre de religion qui opposait les Guise à Coligny. Doit-on rapprocher cet épisode de l’affaire sanglante rapportée par ailleurs (supplice des prêtres) ce n’est pas impossible, mais ce n’est pas prouvé non plus.


Le commerce des boeufs

Le commerce des bœufs gras est très considérable dans le canton de Chabanois : deux foires principales en assurent la vente chaque année ; l’une dans le bourg de Suris, au 16 Janvier, et l’autre  le lendemain à Chabanois. Il n’est pas rare de voir dans  chacune de ces foires six à sept cents bœufs gras, dont les moindres doublent toujours le prix des plus beaux bœufs de harnois ; les moyens valent environ huit cents livres et les plus beaux mille livres la paire. Cette multitude de bœufs gras est bientôt enlevée par les marchands de Paris, Orléans, Tours, Poitiers et Bordeaux qui s’y rendent. On est presque toujours sûr de les débiter quelque quantité qu’il s’en trouve, ce qui assure la confiance et anime le zèle des engraisseurs. Le seul bétail de ces cantons ne suffit pas pour garnir les foires dont j’ai parlé ; le bourg de Chasseneuil, la ville de La Rochefoucauld et les environs d’Angoulême en fournissent aussi.

Quelquefois les engraisseurs en voulant avoir un trop haut prix de leurs bœufs s’exposent à les garder plus long temps ; mais s’ils manquent leur vente avant les chaleurs, ils courent le risque d’attendre jusqu’à l’hiver suivant. J’en ai vu qu’on a été obligé de garder pendant plusieurs années ; alors ils ne font presque rien, on les ménage le mieux qu’il est possible afin qu’ils ne dépérissent point, on tâche même d’augmenter leur graisse chaque année en les faisant baquer de nouveau aux approches des foires, mais les vendeurs et les marchands sont ordinairement dupes de ces retards ; ils sont dispendieux, et la chair des bœufs est plus huileuse, surtout lorsqu’on leur a donné beaucoup de pain de noix. Si l’on est  pressé pour engraisser ces animaux dans un temps déterminé, on mêle avec succès dans la mangeoire de la farine de seigle ou d’orge ; on leur donne encore de l’avoine sèche ou bouillie, mais alors l’engrais coûte beaucoup et l’on ne peut guère prodiguer son grain de cette manière que lorsqu’il est à bon marché.

Les cultivateurs qui habitent les environs d’Angoulême pensent que l’on doit toujours nourrir les bœufs avec du foin sec, sans les faire baquer ; que leur graisse est alors plus ferme et se soutient mieux. Après leur avoir fait manger matin et soir autant de foin qu’ils en veulent, ils les conduisent à l’abreuvoir, ils leur donnent ensuite environ deux mesures d’un mélange fait avec moitié de son, d’un quart d’avoine et autant de pain de noix. Il  y a peu de raves dans ce canton, la grande quantité de vignes que l’on y cultive ne permet pas  d’en fermer beaucoup. Ces cultivateurs assurent d’ailleurs que les bœufs n’engraisseroient jamais s’ils n’avoient pas d’autre nourriture, mais ils conviennent en même temps que la rave les purge d’abord et les dispose ensuite à profiter des autres aliments, d’où ils concluent qu’il suffiroit de leurs en faire manger pendant un mois.

Les habitants des environs de Chasseneuil prétendent qu’il ne faut que du foin choisi pour engraisser les boeufs, l’attention que l’on doit avoir de ne le donner que peu à peu et toujours à la même heure, de ne jamais remettre dans la crèche celui que l’animal auroit jeté par terre une première fois, sont autant de précautions qui accélèrent l’engrais avec le plus grand succès. Ces particuliers prétendent que les marchands achètent toujours de préférence les bœufs de ceux qui savent employer ce procédé, mais pour réussir de cette manière, il faut des prairies de première qualité.

Si l’on s’aperçoit qu’un bœuf soit ruiné par le travail, qu’il soit échauffé ou agité par des ardeurs, il convient de le laisser reposer pendant sept à huit jours, de lui laver la bouche avec du vinaigre du sel et du poireau, de le faire saigner, de lui donner du foin et ensuite de la rave, comme il a été dit…

Tout çà c’est quand même très prémonitoire par rapport à maintenant.

Des seigneurs aux manants

Dans l’opuscule de Mme Cadet publié dans le bulletin du 1° trimestre 1989 par la Société Archéologique et Historique de la Charente, nous avons une liste exhaustive des seigneurs de l’Aâge-Chasseneuil  qui débute en 1520 avec un François de Nourrigier (sans titre) mais reconnu comme seigneur du lieu-dit , pour, au fil des pages et successions ou échanges arriver dans le patrimoine des Devezeau qui s’attribuent un titre de « marquis de Chasseneuil. Il faut quand même tempérer ces propos en précisant que jamais Chasseneuil n’a été le siège d’un marquisat, donc la qualité de marquis ne pouvait être attribuée au propriétaire du fief, il s’agissait d’un titre de complaisance que les ci-devant Devezeau s’étaient sans doute attribués lors des recensements de la noblesse et qui avait donné lieu à la perception de droits conséquents pour obtenir et le titre et la lettre-patente(1) du roi qui consacrait le tout.

Les vrais nobles il y en avait très peu et les maisons qui pouvaient se réclamer d’un titre l’avaient le plus souvent conquis par des services éminents rendus à la royauté qui l’assortissait d’une position de suzerain sur un duché, un comté ou une baronnie qui n’avait rien de théorique.

Dans un livre de François Rosset et Dominique Triaire écrit sur le comte polonais Jean Potocki, les auteurs rapportent que dans le royaume de Pologne, au 18ème siècle, qui vivait sous le régime d’une monarchie élective pourtant, il y avait dans la population 10/100 de « nobles !... Lesquels étaient issus pour la plupart des familles princières/électeurs dont l’aîné portait le titre principal et tous les autres celui de comte. On fabriquait du « comte » à la chaîne en Pologne, mais en France on n’était pas mal non plus avec les titres auto-attribués qui, au bout de quelques générations prenaient des allures authentiques.

Donc, le fief(2) de Chasseneuil (car c’en était un) est passé, au fil des siècles dans le patrimoine de plusieurs familles mais il a toujours relevé d’une seule et même Châtellenie, celle des La Rochefoucauld.

Les La Rochefoucauld ont commencé modestement avec le titre de Seigneur des divers fiefs qu’ils ont conquis, acquis ou hérités, François 1er de la Rochefoucauld a acquis le titre de baron, puis celui de comte et c’est François V qui a vu son comté élevé en duché et pairie, accessoirement il était aussi prince de divers lieux. Mais même la Maison ducale des La Rochefoucauld relevait, pour moitié de ses revenus, de l’Evêché d’Angoulême.

Le fief de l’Aâge-Chasseneuil, quel que fut son titulaire, était de la châtellenie de La Rochefoucauld  et relevait de l’Evêché d’ Angoulême.

(1) lettres patentes : document portant à la connaissance de tous une décision royale.  Pour avoir effet, elle doit préalablement être enregistrée par les parlements.
(2) fief :  terre, droit ou revenu qu’un vassal tenait de son seigneur et en échange duquel il devait accomplir le service dû à celui-ci.

La Société Archéologique et Historique de la Charente

La S.A.H.C., dépositaire de la mémoire du département, a fait un travail assez considérable en mettant en ligne sur le net les bulletins de ses travaux depuis la milieu du XIXème siècle, ce qui permet de consulter tous les mémoires, comptes-rendus de réunions et autres documents écrits que ses membres ont patiemment collectés au fil des décennies. L’approche n’en est pas aisée mais lorsqu’on a compris le système de pagination on dispose d’une véritable bibliothèque majoritairement tournée vers ce qui relevait de l’activité intellectuelle de la Charente que régentait la bourgeoisie et la petite noblesse du pays. Il fallait, pour en être membre, être intéressé par l’Histoire et disposer de beaucoup de temps libre pour s’occuper d’un sujet qui nécessitait souvent recherches et déplacements. L’idéal était d’être rentier, bien né et introduit dans la bonne société, une particule était certainement un plus et si on ajoutait un titre (même injustifié) ou une haute fonction administrative ou cléricale c’était le top. Ceci étant dit, il n’en demeure pas moins que c’est un régal de se plonger dans le passé par l’intermédiaire de ce qu’ils nous ont laissé en héritage.  Au fil des pages, on note que deux personnes se sont penchées plus spécialement sur ce qui se passait chez nous. Mr G. Babinet de Rencogne d’une part et, plus important encore, Mr L. de la Bastide.

Bulletin de 1859 : Mr G. Babinet de Rencogne donne connaissance de plusieurs chartes relatives à Chasseneuil ; la plus ancienne de ces chartes, dont il possède des copies authentiques, remonte à la fin du XIème siècle. Que sont devenus ces documents, ont-ils été remis au Musée ou à un autre fonds ?
Bulletin de 1862 : Mr Gellibert des Seguins donne lecture d’une pièce sur le droit de litre ou de bande funèbre de la dame de Chasseneuil. Qui nous dira ce qu’était ce « droit de litre ou de bande funèbre » ?

Bulletin de 1879 : Le mémoire, d’un nommé Begon, sur une sombre affaire de partage d’héritage dans la famille du Comte d’Aubeterre met en scène Mme de Chasseneuil, et sa sœur la marquise de Brémond d’Ars.

Bulletin de 1888 : Mr Biais communique aux membre présents les objets suivants, trouvés à Chasseneuil (Charente) et acquis par le bureau de la Société Archéologique pour le Musée :

  • un couvercle de custode en bronze doré, émail champlevé, ouvrage de Limoges du XIIIème siècle et décoré de trois croix et de trois fleurs de lis
  • neuf monnaies, dont quatre de bronze, savoir : une pièce de celles dites « de la colonie de Nîmes », un Claudius, un Tétricus, un crispus,et cinq monnaies royales de France, savoir : une pièce de Henri II (billon) deux pièces de Henri III (argent) une pièce Louis XIV (argent) et un écu Louis XV.
Bulletin 1906-1907 : Mr Biais présente un mors de bride en fer trouvé dans un tombeau de pierre avec les ossements d’un cheval harnaché, sur le territoire de Chasseneuil, au lieu dit les carrières de Labon, vers 1867. Suivant sa forme, ce mors parait provenir d’un des cavaliers Sarrazins qui se répandirent sur notre pays après la bataille de Poitiers où ils furent défaits par Charles-Martel, en 732

Bulletin de 1922 : Mr de la Bastide donne connaissance d’un travail qu’il a fait sur les voies romaines qui sillonnent l’arrondissement de Confolens. Il signale le très grand développement de la Voirie Romaine et les évolutions qu’elle a subies pendant les huit siècles qu’à duré l’administration organisée en Gaule par les Latins.

Il s’attache ensuite à la grande Voie Militaire (plus probablement miliaire) portée sur la Table Théodosienne (ou table de Peutinger). Le baron Walknaer la fait passer par St Laurent de Ceris, Chassiecq et Chenon en raccordant deux voies très différentes l’une de l’autre par un trajet de 6 kilomètres entre La Péruse et Chantrezac, pris sur une piste du Moyen-Age.

L’Abbé Michon l’a perdue entre Chassenon et Mazières en la faisant passer à tort par La Péruse, il est vrai par des tronçons d’autres voies.

IL résulte d’études faites sur le terrain par Mr Précigou d’abord et ensuite par Mr de la Bastide que la voie, partie du Moulin de la Soutière, passait au Breuil, à Grenord, ensuite la Daufie et Loubignac, au nord de Pressac, à Suris. Elle traversait la Charente à La Vallade, continuait par Chez-Perthus, les Bois de Braquet, à la sotie desquels une coupe récente met à nu toute la structure de la voie. Elle passe ensuite au Roc, sous Mazières, où subsite un pont pour piétons encore intact, et continue par le Chatelars, Chez Dieu, Les environs de La Tâche, Ventouse, Aunac et Charmé, suivant l’itinéraire donné par l’Abbé Michon.

L'église et son trésor

Les fouilles de 2000 et 2001, qui ont permis de dégager un nombre important de sarcophages calcaires qui constituent l’essentiel du cimetière mérovingien de Lausane, ont permis également de noter que l’église actuelle avait été précédée d’un autre édifice dont une partie des fondations a été dégagée et relevée lors des fouilles, mais sans que cette découverte entraîne des fouilles plus approfondies sur ce sujet. L’essentiel du travail des chercheurs restant l’inventaire des sarcophages et de leur contenu  et de ce qui est appelé le « mobilier » c'est-à-dire tous les objets personnels qui accompagnaient le ou les défunts lors de l’inhumation. On a noté qu’au 19ème siècle, ce cimetière de Lausane a été transféré route de Montemboeuf et a pris le nom de Balzac. On ne sait rien de l’origine de ces noms propres affectés à ces cimetières. On peut seulement émettre une hypothèse pour Lausane, jusqu’au 20ème siècle le latin était la langue officielle de l’église, donc tout ce qui se passait sous sa juridiction était écrit, chanté et parlé en latin et il était courant, sinon obligatoire que chaque cimetière chrétien soit orné dans sa partie la plus exposée d’une croix hosannière, sorte de croix votive dérivée de Hosanna « sauve nous je t’en prie) en hébreu. On peut donc supposer de Hosanna à Lausane  qu’on peut franchir le pas d’une hypothèse… Pour le cimetière de Balzac, à part peut  être un nom de parcelle rapporté à un ancien propriétaire, on ne trouve aucune explication.

Dans la remarquable compilation de documents et anecdotes intitulée « Chasseneuil sur Bonnieure de la préhistoire à  nos jours » éditée en 1998, l’érudit charentais-limousin José Délias en fait la narration suivante :
"l’église de Chasseneuil, comme neuf autres églises en Charente, est placée sous le patronage de Saint-Saturnin, ce prédicateur des Gaules au IIIème siècle, Premier évêque de Toulouse où une basilique lui est dédiée, il fut martyrisé vers 250. Sa fête est célébrée le 29 Novembre."

Comme la plupart des églises, aucun texte ne donne la date de ce monument qui fut le siège d’un ancien prieuré. Trop souvent restaurée, remaniée, elle ne garde du 12ème siècle roman que sa façade au mur nu, terminée horizontalement, percée dune porte à deux rouleaux, sans colonne et d’une fenêtre au premier, le tout en plein cintre. La base de son clocher est ornée d’une arcature au nord et au sud. L’étage supérieur est en retrait avec une baie sur les quatre faces. Il fut construit un peu plus tard. Tout le reste de l’édifice fut remanié avec plus ou moins de bonheur.

Les murs sont appuyés par de gros contreforts, mais toutes les corniches ont disparu. Ses proportions et la sobriété de son ornementation ont un certain intérêt.

La nef et le faux carré sont couverts d’un berceau brisé. Le faux carré qui porte le clocher est limité par deux doubleaux sur pilastres puissants. Le chœur, à chevet plat est voûté d’ogives et éclairé par une fenêtre à meneaux et réseau flamboyant à l’est. (Jean George – les églises de France 1933)

Le maître-autel en marbre blanc et les vitraux qui les surmontent furent offerts par Madame Edouard Pascaud, née Mélier. Le maître-autel fut consacré le 21 octobre 1894 par Mgr Frérot. On découvre Saint-Saturnin sur le vitrail de gauche et Saint-Ausone à droite. Deux autres vitraux éclairent latéralement le chœur. Au sud Saint-François, Saint-Martial et l’Assomption de la Vierge. Mr et Mme Dutheil firent exécuter ce vitrail en l’honneur d’un vœu formulé par Mademoiselle Henriette Fauvaud dont ils étaient les légataires universels. Celui de gauche représente Sainte-Madeleine et Sainte-Henriette et fut offert à la paroisse par Mr et Mme Lamazerolles lors de la 1ère Communion de leurs filles.

Un autre vitrail représente Ste Bernadette. Les autels secondaires en bois sont consacrés à la Ste-Vierge et à St Vincent de Paul.

Les seigneurs de Chasseneuil, les membres de cette grande famille qui étaient les Devezeau, avaient leur sépulture dans l’église et leurs armoiries figuraient sur les écussons de quelques chapiteaux. Ils furent martelés à la révolution ce qui était sans doute plus difficile à faire au sommet des clefs de voûte où l’on distingue encore l’écusson des La Rochefoucauld et celui des Dauphin Barbezieres.

Des religieuses donnèrent un enseignement aux jeunes filles de Chasseneuil de 1857 à 1906.  En leur mémoire, leurs anciennes élèves firent apposer un tympan au dessus de la porte latérale sud. Il y est inscrit en lettres rouges ; « aux Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul qui de 1857 à 1919 donnèrent à Chasseneuil l’exemple de toutes les vertus. A Sœur Daquet fondatrice, à Sœur Marie, à Sœur Louise, à Sœur Suzanne, à Sœur Joseph, à Sœur Philomène, à Sœur St Vincent. Leurs anciennes élèves de la Paroisse on dédié ce modeste souvenir ».

Au dessus des fonds baptismaux un petit vitrail offert par Mme Rogier, représente le baptême du Christ dans les eaux du Jourdain.

Après l’hécatombe de la « grande Guerre » on amena dans l’église une grande plaque commémorative portant les noms des soldats disparus de la paroisse, au nombre de 92. Installée sur le mur latéral nord, elle aurait peut être besoin d’être accrochée avantageusement. Les deux plaques commémoratives seraient l’oeuvre d’un sculpteur étranger, émigré dans la région de Massignac.

L’église était adossée au cimetière de « Lausanne ». On se décida en 1853 à acheter un terrain pour y construire un nouveau cimetière. Il fut terminé en 1855 et «Lausanne » devint la place actuelle. En même temps, le maire Philippe Delivertoux étant d’accord avec le curé Adrien Duval, le Conseil de Fabrique accepta de démolir la chapelle de Goursac  « adossée à l’église et faisant avancement sur la voie publique. Côté nord il faut détruire les bâtiments où se trouve la prison ou chambre de sûreté ainsi que la sacristie » - archives municipales, registre des délibérations - le Conseil de Fabrique prit à sa charge la démolition de ces bâtiments et reconstruisit la sacristie.
La pauvre église Saint-Saturnin avait eu bien des malheurs ! Elle fut saccagée au 16ème siècle pendant les guerres de religion. En 1568, les troupes calvinistes commandées par de Pilles et Pardaillan saccagèrent la région. Plusieurs églises furent touchée dont celle de Chasseneuil, l’année suivante, après la bataille de Jarnac, le dimanche 13 mars 1569 et avant la prise de Chabanais.

Pendant l’époque révolutionnaire, on s’y réunit en assemblées « au son de la cloche », et on y fête même la Raison ; Mais déjà Saint-Saturnin est bien malade. Le 3 floréal an 11 on dit qu’il faut y faire de grosses réparations. C’est une nécessité urgente « suivant les experts ». le 3 janvier 1811 un devis estimatif est dressé pour les réparations à faire. L’année suivante on fait quelques travaux : crépissage de la façade, etc. Mais, malheureusement pas les plus importantes. Car le 23 août 1815 on apprend que l’église « est découverte », les travaux ne  peuvent plus être différés « on aperçut des poutres et des chevrons hors d’état de servir, ce qui obligera le Conseil à faire visiter les dits bois de charpente détériorés, examens faits d’iceux par des gens de l’art, et étrangers aux dites réparations à faire… » le sieur Henri Chambord adjudicataire des travaux autorisés par le préfet va les faire sans attendre. Le 12 Mai 1819, le conseil est d’accord pour acheter « les objets les plus essentiels » au service du culte. L’état détaillé de ceux-ci sont « une aube 30 frs, un ornement complet noir 60 frs, un missel 20 frs, un bénitier et son goupillon 10 frs, une lanterne propre pour accompagner 6 frs, un confessionnal 64 frs, une pelle 2 frs, l’achat de ces objets 200 frs. C’est tout ce que le conseil a pu faire pour le moment se réservant de faire mieux aussitôt de ses ressources pourront le lui permettre » la municipalité a fait refaire la charpente, ce qui a tout de même coûté 2.393 frs.

Le 10 Mai 1830 le maire expose « que l’église a des réparations pressantes à faire qui différées plus longtemps pourraient entraîner sa ruine, ou du moins occasionner des dépenses énormes, que la pierre de taille des piliers ou contreforts qui appuie et soutiennent les murs, et la voûte presque toute tombée par l’effet de la gelée du temps ; que la charpente a besoin d’être renouvelée dans quelques parties où ses bois tombent de vétusté, que les bordages de la toiture ont également besoin d’être renouvelés entièrement, que la toiture entière a aussi un besoin pressant d’être refait à neuf.

La commune va s’imposer extraordinairement à la somme de 6.000 frs sur quatre années et portée au centime le franc sur les contributions foncières, professionnelles et mobilières « vu l’urgence » ! répète le maire… Et il s’adresse à Monseigneur l’Evêque d’Angoulême l’année suivante, car les travaux ont coût plus chers que prévu, on est habitué à cela encore aujourd’hui, et s’élèvent à 7.825 frs « déjà la commune a dépensé plus de 17.000 frs pour établissements publics, sans que jamais ni l’administration du département ni le chapitre diocésain soient venus l’aider par aucun sacrifice » conclue le conseil. Il en sera ainsi tout le 19ème siècle aussi, en demandant de plus en plus souvent le secours du département et de l’Etat  Mais les élections nationales de 1902 vont tout changer. Le président du Conseil, Combes, ancien séminariste, docteur en théologie est devenu farouchement anticlérical. Il fait voter plusieurs lois importantes dés 1904 et dépose un projet de séparation des églises (catholiques ou autres) et de l’Etat, qui rompait ainsi le Concordat de 1802. Votée le 9 décembre 1905 sur le rapport nuancé du socialiste Aristide Briand, la loi dicte :

  • la République assure la liberté de conscience…
  • la République ne reconnait, ne salarie ni ne subventionne aucun culte… » et la loi imposait le retour à l’état de tous les édifices cultuels.
L’état pouvait donc louer ou prêter pour « les exercices de la religion » mais après inventaire. Cela fut mal perçu dans le pays tout entier ».

Au début du 21ème siècle, entré dans ce qui est maintenant la Communauté Européenne, Chasseneuil se décide à mettre en valeur ce que les anciens lui ont légué, en piteux état certes, le champ de foire qui devient le « champ de mars » et la place de l’église avec son édifice qui a été le témoin multiséculaire des joies et des peines des générations de chasseneuillais. Préalablement à ces travaux d’importance, notamment sur l’agora qui ceint l’église, l’I.N.R.A.  (Institut National de Recherches Archéologique), qui soupçonnait un gisement intéressant depuis que les travaux d’adduction d’eau avaient révélés la présence de sarcophages de l’époque mérovingienne obtient de procéder à des fouilles du sol de l’ancien cimetière de Lausanne.

Les fouilles de ce site se sont déroulées dans des conditions très difficiles pendant tout l’hiver 2000/2001 particulièrement humide et froid mais qui n’a en rien rebuté la curiosité des chercheurs de l’INRA. Ces travaux ont été consignés dans le détail d’abord dans un document provisoire sous la direction de Sébastien Poignant assisté de Pascale Marlière, Françoise Stutz et Alii. Les mémoires définitifs, sous la forme de 2 volumes de 160 pages environ chacun, toujours avec les mêmes participants, ont été édités en 2004 et un exemplaire de chacun d’eux est en dépôt à l’Hôtel de Ville.

Ces mémoires bien que largement vulgarisés restent quand même très techniques tant pour les fouilles et le mobilier funéraire dégagé que pour les thèses et hypothèses qu’ils permettent d’avancer sur les invasions germaniques et romaines qui ont balayées  notre région.

Les chercheurs investis dans ce qui n’était quand même pas tout à fait nouveau pour eux (des indices relevés lors de l’installation de l’eau courante dans les années de l’immédiat après-guerre laissaient à penser un gisement d’importance) se sont rapidement retrouvés devant une nécropole d’époque mérovingienne (Vème siècle environ). Les fouilles des sarcophages calcaires bien conservés ont apportées leur lot de surprises tant sur leur nombre que sur le contenu du « mobilier »funéraire qui accompagnait certains défunts, notamment  les fibules et autres objets votifs ?, rituels ? et les bijoux des femmes qui devaient réserver des surprises de taille sur la provenance des pierres fines ou semi-précieuses qui étaient serties.

La totalité des objets recueillis au cours des fouilles a été restauré et consolidé avant de faire l’objet d’une exposition en 2005 dans la Maison des Associations, Place Victor-Hugo, et de l’édition d’une plaquette remarquable de précision et d’érudition. l’Abbé Michon.

La nécropole Saint Saturnin

Volume 1 – Introduction
« la fouille de sauvetage conduite aux abords de l’église de Chasseneuil sur Bonnieure a été motivée par le réaménagement de la place publique et la découverte, quelques années auparavant, de sarcophages. Suivi de travaux à l’origine, cette opération s’est transformée en véritable fouille et a nécessité la révision d’une partie de l’aménagement (tracé des réseaux, rehaussement des chaussées etc…). Face aux délais et aux contraintes techniques, la fouille a dû être menée dans des conditions météorologiques difficiles durant les mois de novembre 2000 et février 2001. Pour des raisons autant financières qu’organisationnelles, l’étude du site n’a pu être suffisamment aboutie qu’au mois de mars 2004. A ce jour, elle reste encore inachevée. L’étude anthropologique, notamment, n’a pu être terminée et les commentaires sur quelques objets restent encore à intégrer à ce travail. Le lecteur trouvera donc dans ce travail quelques manques qui, nous l’espérons ne nuiront pas à la compréhension.

Volume 1 – fiche signalétique
Surface fouillée : entre 600 et 800 m2
Surface estimée : > à 8000 m2
Chronologie : haut Moyen-âge, du VIème - VIIIème siècle, période mérovingienne. Sujets et thèmes : geste, pratiques et architecture funéraire, étude technologique et culturelle du mobilier.
Mobilier : le matériel découvert dans les tombes est composé d’objets métalliques en fer, bronze, argent et or ; en ambre ou en verre. Il regroupe un large éventail de parures, caractéristiques des inhumations habillées de la période mérovingienne.
Résumé : fouille préventive d’un cimetière du haut Moyen-âge, utilisé du VIème au VIIIème siècle. L’état de conservation a permis de mettre en évidence un certain nombre de caractéristiques qui ont prévalu à la gestion du cimetière. Cinq phases ont pu être identifiées mettant en   évidence une composante multipolaire dans l’évolution chrono-topographique.
Lieu de dépôt du mobilier : SRA-Poitou-Charentes. Base INRAP Pessac en attendant dévolution.

On peut déjà observer que la fouille représente en réalité à peine 8 à 10 % du site supposé. Si tant est qu’il est raisonnable de penser que ce qui n’a pas été fouillé est au moins aussi riche en objets que ce qui a été découvert on peut dire que la place de l’église recèle un vaste trésor, abstraction faite de la valeur vénale des objets antiques qui est bien inférieure à sa valeur culturelle. Souhaitons que les chasseneuillais du 25ème siècle qui seront bien obligés de « lifter » à nouveau l’église et sa place, sauront terminer ce chantier comme il se doit, ils bénéficierons, eux, du travail de nos contemporains pour extraire les trésors légués, à leurs corps défendant… par les mérovin-chasseneuillais.

Pour situer un peu plus le cadre, la nature et le résultat des recherches entreprises par l’INRAP (Institut Nationale de Recherches Archéologiques Préventives) nous reproduisons ci-après in extenso ou condensé, quelques paragraphes de science vulgarisée accessibles au commun des mortels.

Page 6 : Cadre géographique et archéologique : la commune de Chasseneuil sur Bonnieure est située à une trentaine de kilomètres au nord est d’Angoulême dans le département de la Charente. Le bourg est installé en bordure de la Bonnieure, affluent de la Charente. Sa vallée et celles de ses affluents entaillent les plateaux calcaires sur une trentaine de mètres. Vers l’ouest, une vaste forêt domaniale, la « forêt de Chasseneuil », occupe la majorité du territoire. Vers l’est les plateaux, plus découpés, sont principalement exploités par des activités agropastorales. Jusqu’au début du XXème siècle, la commune tirant une partie de ses ressources de l’extraction de pierre, de sa transformation en chaux et des activités sylvestres telle que le charbonnage.

Contexte géologique
: la commune de Chasseneuil est située sur la bordure méridionale du « seuil du Poitou » et sur la France occidentale du Massif Central. Cette région est essentiellement formée de plateaux calcaires de basse altitude (environ 145 m), issus des dépôts marins du Secondaire (Jurassique supérieur). Le fond de vallée est caractérisé par des alluvions hétérogènes. Les dépôts argilo-sableux alternent avec des couches de galets granitiques et quartzeux. Ils proviennent de l’érosion du massif cristallin présent à l’extrémité orientale de la Charente, dans le secteur de Confolens. La nécropole mérovingienne est installée sur ces alluvions, à une dizaine de mètres en contre haut du lit actuel de la rivière. Le substrat est formé d’une épaisse couche argilo-sableuse orangée incluant de nombreux blocs centimétriques de silex.

Découvertes anciennes
: de nombreuses découvertes archéologiques sont signalées sur la commune de Chasseneuil. Dans sa monographie (1925), l’instituteur Mr Leproux dresse un bilan assez évocateur de la richesse archéologique. Il signale notamment la découverte de tombes riches dans le bourg « à la faveur des transformations et des nombreuses constructions effectuées dans la ville au cours de ce siècle (le XXème)et du siècle dernier (le XIXème) on a mis à jour de nombreux tombeaux romains que les habitants ont utilisé pour leur bâtisses, beaucoup de ces tombeaux contenaient des urnes et des médailles ». Il précise qu’une grande partie de ces monnaies étaient en or et frappées aux effigies des empereurs de la fin du IIème siècle et du IIIème siècle. Il mentionne également la découverte de très nombreuses urnes. Les informations orales laisse penser qu’elles proviennent d’une nécropole à incinération du Haut Empire (dépôts de 2 ou 3 vases complets dont certains en sigillée). Le rédacteur du document poursuit sa réflexion en faisant allusion aux camps romains de Chez Fauquet (objet d’un paragraphe précédent) et termine par le sujet suivant : Enfin, au nord-ouest du bourg, aux carrières de Labon, la sépulture d’un cavalier (avec cheval et harnachement a été découverte à la fin du XIXème siècle. Les observations réalisées sur le mors de bride ont conduit les inventeurs à attribuer cette tombe à la culture maure (peut être est-ce en relation avec la conquête arabe arrêtée par Charles-Martel ?...)

Description du mobilier
: pages 45 et suivantes. Dans le cadre de ces recherches sur le contenu des sarcophages, on entend par « mobilier » tous les objets domestiques qui ont accompagné le défunt lors de son inhumation, ce peuvent être aussi bien des objets de la vie courante, comme les fibules destinées à fixer un pan de tissu en vêtement, comme un objet votif ou religieux  de même que les bijoux personnels du défunt. Un certain nombre d’objets, très intéressants pour la plupart ont été retrouvés dans les cuves de sarcophages explorés. Ils ont fait l’objet d’un inventaire complet et détaillé suivi d’une étude scientifique de leur composition et de leur provenance. L’essentiel vulgarisé de cette recherche se retrouve dans la plaquette éditée à l’occasion de l’exposition des pièces majeures à la Maison des Associations les 23, 24 et 25 Juin 2005. Nous reproduisons par ailleurs, dans le chapitre… de la présente section l’intégralité de cette plaquette de qualité.

L’intérêt de la lecture du mémoire réside dans les conclusions des scientifiques à propos de certaines pièces de ce mobilier, conclusions issues d’expertises très  pointues avec le matériel scientifique dont peuvent disposer les chercheurs de haut vol. Un certain nombre se rapportent aux techniques utilisées par les artisans de l’époque pour réaliser des objets de la vie courante comme les fibules et boucles de ceintures notamment. D’autre concernent la recherche sur les flacons de verre ou les perles de verre également. Mais le plus curieux des conclusions concerne les pierres précieuses ou semi-précieuses trouvées montées sur les bagues. Les grenats d’une fibule proviendraient du Radjasthan (une des principautés de l’Inde). Cette variété de grenats se nomme des Almandins du Radjasthan… Sur la fibule N°34, une exception a été constatée, le grenat spécial de type Rhodolite est de ceux que l’on trouve à Ceylan (l’actuel Sri Lanka) l’ile en forme de boucle d’oreille qui pend au sud de l’Inde actuelle. Le Radjasthan se trouvait sur un des trajets de la route de la soie qui venait de Chine et alimentait l’occident en produits exotiques, on peut donc comprendre que les caravaniers devaient commercer avec tous les peuples le long de leurs longues routes, mais Ceylan ajoute un peu plus de mystère et fait rêver davantage  même si, raison gardée, on doit convenir que les échanges entre l’Inde et Ceylan pouvait permettre au final à certains produits de gagner la route de la Soie et donc l’Occident. Il n’en demeure pas moins que, partant de la place de l’église de Chasseneuil au IIIème siècle, pour gagner par l’imagination les sites où ces pierres précieuses ont été extraites avant d’être acheminées jusqu’à nous on a le droit de rêver même si ce rêve porte atteinte aux exploits supposés de Marco Polo quelques siècles plus tard.

Catalogue fouilles

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Mémoire sur les foires de Chasseneuil

Mémoire sur les foires de Chasseneuil

La foire mensuelle du 22 de chaque mois a gardé un certain lustre par rapport à ce que sont devenus les autres marchés du département - exception faite de la foire de Rouillac qui reste la référence en la matière - Pourtant, pour ceux d’entre nous qui peuvent faire appel à leurs souvenirs du milieu du 20ème siècle, c’est un monde totalement inconnu maintenant qui a disparu en l’espace de 20 ans.

Rappelons que cette foire du 22 semble avoir été « dérobée » à la Commune des Pins qui avait reçu ce privilège par lettre patente royale au 16ème siècle, alors même que celle de Chasseneuil (sans privilège de lettre patente) se tenait semble-t-il le dernier  jour de chaque mois…

Ce marché se tenait donc tous les 22 de chaque mois quel que fut le jour de la semaine qu’il tomba.

Dans la première moitié du 20ème siècle, il semble que les marchands forains, qui la prisaient fort ne logeaient pas sur la seule place de l’Eglise et  installaient  leurs étals  de part et d’autre de la rue principale (qui ne s’appelait pas encore Avenue de la République). Beaucoup faisaient le chemin de nuit pour avoir les meilleures places et le marché commençait très tôt et finissait très tard dans la journée continue, les repas se prenaient derrière l’étal pour les plus modestes et au cul du camion pour les motorisés.

Les chalands étaient composés de deux sortes d’acheteurs. Ceux qui étaient acheteurs ou promeneurs seulement et ceux (ou celles) qui venaient pour vendre dans un premier temps afin de faire les achats avec le produit de leur vente. L’essentiel de cette deuxième catégorie était constitué des fermières qui venaient vendre les œufs, les volailles, les lapins, les légumes et autres produits du terroir.

L’organisation de la foire relevait de la compétence du garde-champêtre qui faisait office de placier et percevait les droits pour le compte de la Commune. Il intervenait sur quatre sites :

  1. La Place des Tilleuls (appelée aussi Champ de foire des gorets) qui recevait et commercialisait les gorets - pour l’essentiel les nourrains - et les reproducteurs, quelques agneaux, chèvres et biques. L’essentiel  des transactions se faisait le matin autour des enclos qui confinaient les bêtes, les camions des professionnels chargeaient rapidement la marchandise avec le bruit que peut générer quelques centaines de jeunes gorets.
  2. La place des Halles : il s’agit de cette place qui  jouxtait la Halle aux Grains - que la salle des fêtes actuelle a phagocyté - Elle recevait le marché fermier des œufs, volailles, lapins et autres produits fermiers que les agricultrices venaient vendre pour se procurer de l’argent frais qui permettrait les achats non alimentaires. Ce marché était soumis à un protocole bien précis : de potron-minet à 10 heures je crois, les achats étaient réservés aux particuliers ; passé 10 heures, les coquassiers (les professionnels) avaient le droit de démarcher toute la marchandise restante avec des offres qu’ils donnaient à la vendeuse sous la forme d’un ticket griffonné d’un prix, si possible à l’abri du regard des concurrents. Ce marché était très important tant en volume qu’en retombées financières. Ce marché était bordé, sur le coté sud par un autre marché mettant en relation les lainiers et les paysans qui avaient des moutons. Lors de la tonte des moutons, la laine brute était apportée aux lainiers qui l’achetaient suivant le système de l’offre et de la demande et l’apporteur pouvait être rémunéré soit en espèces, soit en laine filée écrue  soit sous forme d’écheveaux. Ce marché n’était pas soumis à protocole entre vendeur et acheteur mais il dégageait des espèces pour les fermières.
  3. La Place de l’Eglise : Cette place accueillait l’essentiel du commerce non alimentaire. La plupart des stands étaient composés d’un camion de commerce itinérant - en retrait du stand lui-même - et d’un étal abrité rustique composé de quelques tréteaux et d’une planche, le tout était abrité par un auvent de toile tendu sur une structure en perches de châtaigniers haubanée par des cordages sur des piquets ferrés plantés dans le sol de la place qui n’était pas goudronnée (heureusement !..) rustique, peut être, mais le commerce marchait le feu de dieu et personne ne laissait sa place vacante quand le garde-champêtre n’était pas obligé de régler des conflits surgis du manque de places. L’actuelle rue de l’église, dans sa partie située entre l’archiprêtré et la sacristie était occupée par les bancs des 4 familles maraîchères de Chasseneuil qui y vendaient leur production de sol et surtout les plants et graines de toutes sortes qui relevaient de leur spécialité.
  4. Le Champ de Foire : Ce que nous appelons maintenant, pompeusement, le Champ de Mars était alors le véritable moteur de la foire du 22.

Depuis longtemps Chasseneuil se trouvait au cœur d’une région productrice de bêtes à viande réputée constituée pour l’essentiel de bêtes de race limousine et, accessoirement de brettes résultat de mélanges de races assez indéfinies. Cette agora rurale recouverte d’herbe était ceinturée de bornes reliées entre elles par de lourdes chaines de fer doux. La partie nord, qui bordait la laiterie, était équipée, sous les tilleuls, de barres métalliques solidement ancrées au sol qui servaient à attacher les licols des bêtes présentées à la vente. Le jour de la foire, une épaisse couche de paille était répandue à terre pour contenir les bouses. Les camions des marchands de bestiaux étaient garés tout autour de la place, prêts à accueillir les bêtes achetées. Ces marchands de bestiaux étaient reconnaissables à leur vaste blouse bleue - d’obédience limousine - qui avait pour rôle essentiel de préserver le costume qu’ils portaient dessous. Alors pouvait débuter la comédie du marchandage dans laquelle personne n’était dupe et ou tout le monde jouait son rôle. Finalement beaucoup de bêtes trouvaient preneur, quelques unes regagnaient cependant leur pénates jusqu’à un prochain « 22 ». Quelques gros commerçants limousins allaient jusqu’à affréter un wagon ou deux qui attendaient leur chargement sur la voie ferrée au bout de l’actuelle rue des Platanes...

Quelques juments de trait étaient quelques fois à la vente, souvent elles étaient « suitées » et c’était toujours un spectacle très touchant de voir le poulain couver sa mère des yeux comme dans les dessins animés.

Ce jour de foire était mis à profit pour beaucoup, soit pour rencontrer la famille ou les amis, soit pour faire des affaires. Dans tous les cas, ces raisons faisaient que le commerce local, encore balbutiant il faut le reconnaitre, bénéficiait des retombées de la manifestation, notamment tous les bistrots et estaminets de la place affichaient complet au moment du casse-croute du matin comme au moment du repas de midi, sans oublier que, bien souvent, les hôtels de la place - l’hôtel de la Gare, comme ceux, disparus, de la Croix-Blanche et de Chez Ferdinand accueillaient de nombreux courtiers en viande.

Le lendemain de la foire du 22, les cantonniers nettoyaient les différentes places des reliefs de la fête du Commerce avec les moyens du bord - un tombereau ou un attelage de chevaux suffisaient à la peine - Il est vrai que nous n’étions pas encore dans l’ère du gaspillage et du plastique à tout va qui nous empoisonne maintenant la vie.

Les Arabes à Chasseneuil

Dans son ouvrage intitulé « Chasseneuil sur Bonnieure de la préhistoire à nos jours » édité en septembre 1998, notre érudit local, José Délias, joue les provocateurs avec un titre de chapitre (page 15) : "Les Arabes à Chasseneuil ?..."

En 1898, Mr Ernest Vincent, président honoraire de la société archéologique et historique du Limousin fait paraître une monographie sur Marillac-le-Franc.  Il dit que la dénomination « le franc » que porte Marillac doit provenir de franchises remontant aux combats livrés dans la contrée contre les arabes, les Sarrazins, peu de temps après la bataille de Poitiers.  C’est à la suite de ce combat que les Sarrazins disparurent de l’Angoumois peu de temps après l’an 732.  Ce serait donc sous le règne de Charlemagne que furent accordées ces fameuses franchises en reconnaissance des services rendus d’où son nom actuel ?

Chasseneuil, aurait-il connu l’invasion ou le passage de ces guerriers ?, nous ne pouvons rien affirmer.
En 1907 Mr Biais fait mention dans le bulletin de la société archéologique et historique de la Charente, d’une découverte intéressante faite dans la commune de Chasseneuil en 1867.
« Aux carrières de Labon, on découvrit un tombeau remarquable qui renfermait, bien conservés, les squelettes d’un chef arabe et de son cheval, avec équipement et harnachement. Cette découverte prouve donc que les Sarrazins ont occupé notre localité.
Le soin que l’on a mis à enterrer un chef et son cheval permettent de supposer que c’était un personnage d’importance.  Mais comment était-il tombé ici ? Est-ce à la suite d’un combat qui se serait livré dans la région ? Nous n’en avons retrouvé aucune trace et on ne signale aucune tombe de ce genre dans les environs. Ou bien, lors de la bataille de Poitiers, les Sarrazins demeurèrent-ils quelques temps dans notre contrée ? Nous ne pouvons faire que des suppositions ».

Nous n’avons point trouvé trace non plus dans les archives municipales sur cette « fameuse découverte » de 1867

Au-delà des interrogations posées par cet article, il faudrait aussi se pencher sur ce que sont devenus les objets qui ont été récupérés  lors de ces fouilles.  Comme pour les multiples pièces  de monnaies qui ont été mises à jour au fil des siècles, aussi bien sur les sites des camps romains de Chez Fauquet que dans les travaux publics urbains. Soit ils ont été conservés illégalement par les découvreurs mais on sait aussi que certains ont été mis en dépôt à Confolens et il est n’est pas interdit de penser que ceux qui ont fait l’objet d’une communication au bulletin de la S.A.H.C – comme c’est le cas pour le site de Labon et les harnachements du cheval et du Maure – sont peut être tout bonnement en dépôt aux réserves du musée de la S.A.H.C. ou dans celles du Musée d’Angoulême.  Il serait souhaitable de procéder, de manière officielle, à ces vérifications, ces objets font partie du patrimoine de la cité et devraient, à ce titre, rejoindre un jour le « Trésor de l’Eglise » issu des fouilles du cimetière mérovingien.