L'église et son trésor
Les fouilles de 2000 et 2001, qui ont permis de dégager un nombre important de sarcophages calcaires qui constituent l’essentiel du cimetière mérovingien de Lausane, ont permis également de noter que l’église actuelle avait été précédée d’un autre édifice dont une partie des fondations a été dégagée et relevée lors des fouilles, mais sans que cette découverte entraîne des fouilles plus approfondies sur ce sujet. L’essentiel du travail des chercheurs restant l’inventaire des sarcophages et de leur contenu et de ce qui est appelé le « mobilier » c'est-à-dire tous les objets personnels qui accompagnaient le ou les défunts lors de l’inhumation. On a noté qu’au 19ème siècle, ce cimetière de Lausane a été transféré route de Montemboeuf et a pris le nom de Balzac. On ne sait rien de l’origine de ces noms propres affectés à ces cimetières. On peut seulement émettre une hypothèse pour Lausane, jusqu’au 20ème siècle le latin était la langue officielle de l’église, donc tout ce qui se passait sous sa juridiction était écrit, chanté et parlé en latin et il était courant, sinon obligatoire que chaque cimetière chrétien soit orné dans sa partie la plus exposée d’une croix hosannière, sorte de croix votive dérivée de Hosanna « sauve nous je t’en prie) en hébreu. On peut donc supposer de Hosanna à Lausane qu’on peut franchir le pas d’une hypothèse… Pour le cimetière de Balzac, à part peut être un nom de parcelle rapporté à un ancien propriétaire, on ne trouve aucune explication.
Dans la remarquable compilation de documents et anecdotes intitulée « Chasseneuil sur Bonnieure de la préhistoire à nos jours » éditée en 1998, l’érudit charentais-limousin José Délias en fait la narration suivante :
"l’église de Chasseneuil, comme neuf autres églises en Charente, est placée sous le patronage de Saint-Saturnin, ce prédicateur des Gaules au IIIème siècle, Premier évêque de Toulouse où une basilique lui est dédiée, il fut martyrisé vers 250. Sa fête est célébrée le 29 Novembre."
Comme la plupart des églises, aucun texte ne donne la date de ce monument qui fut le siège d’un ancien prieuré. Trop souvent restaurée, remaniée, elle ne garde du 12ème siècle roman que sa façade au mur nu, terminée horizontalement, percée dune porte à deux rouleaux, sans colonne et d’une fenêtre au premier, le tout en plein cintre. La base de son clocher est ornée d’une arcature au nord et au sud. L’étage supérieur est en retrait avec une baie sur les quatre faces. Il fut construit un peu plus tard. Tout le reste de l’édifice fut remanié avec plus ou moins de bonheur.
Les murs sont appuyés par de gros contreforts, mais toutes les corniches ont disparu. Ses proportions et la sobriété de son ornementation ont un certain intérêt.
La nef et le faux carré sont couverts d’un berceau brisé. Le faux carré qui porte le clocher est limité par deux doubleaux sur pilastres puissants. Le chœur, à chevet plat est voûté d’ogives et éclairé par une fenêtre à meneaux et réseau flamboyant à l’est. (Jean George – les églises de France 1933)
Le maître-autel en marbre blanc et les vitraux qui les surmontent furent offerts par Madame Edouard Pascaud, née Mélier. Le maître-autel fut consacré le 21 octobre 1894 par Mgr Frérot. On découvre Saint-Saturnin sur le vitrail de gauche et Saint-Ausone à droite. Deux autres vitraux éclairent latéralement le chœur. Au sud Saint-François, Saint-Martial et l’Assomption de la Vierge. Mr et Mme Dutheil firent exécuter ce vitrail en l’honneur d’un vœu formulé par Mademoiselle Henriette Fauvaud dont ils étaient les légataires universels. Celui de gauche représente Sainte-Madeleine et Sainte-Henriette et fut offert à la paroisse par Mr et Mme Lamazerolles lors de la 1ère Communion de leurs filles.
Un autre vitrail représente Ste Bernadette. Les autels secondaires en bois sont consacrés à la Ste-Vierge et à St Vincent de Paul.
Les seigneurs de Chasseneuil, les membres de cette grande famille qui étaient les Devezeau, avaient leur sépulture dans l’église et leurs armoiries figuraient sur les écussons de quelques chapiteaux. Ils furent martelés à la révolution ce qui était sans doute plus difficile à faire au sommet des clefs de voûte où l’on distingue encore l’écusson des La Rochefoucauld et celui des Dauphin Barbezieres.
Des religieuses donnèrent un enseignement aux jeunes filles de Chasseneuil de 1857 à 1906. En leur mémoire, leurs anciennes élèves firent apposer un tympan au dessus de la porte latérale sud. Il y est inscrit en lettres rouges ; « aux Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul qui de 1857 à 1919 donnèrent à Chasseneuil l’exemple de toutes les vertus. A Sœur Daquet fondatrice, à Sœur Marie, à Sœur Louise, à Sœur Suzanne, à Sœur Joseph, à Sœur Philomène, à Sœur St Vincent. Leurs anciennes élèves de la Paroisse on dédié ce modeste souvenir ».
Au dessus des fonds baptismaux un petit vitrail offert par Mme Rogier, représente le baptême du Christ dans les eaux du Jourdain.
Après l’hécatombe de la « grande Guerre » on amena dans l’église une grande plaque commémorative portant les noms des soldats disparus de la paroisse, au nombre de 92. Installée sur le mur latéral nord, elle aurait peut être besoin d’être accrochée avantageusement. Les deux plaques commémoratives seraient l’oeuvre d’un sculpteur étranger, émigré dans la région de Massignac.
L’église était adossée au cimetière de « Lausanne ». On se décida en 1853 à acheter un terrain pour y construire un nouveau cimetière. Il fut terminé en 1855 et «Lausanne » devint la place actuelle. En même temps, le maire Philippe Delivertoux étant d’accord avec le curé Adrien Duval, le Conseil de Fabrique accepta de démolir la chapelle de Goursac « adossée à l’église et faisant avancement sur la voie publique. Côté nord il faut détruire les bâtiments où se trouve la prison ou chambre de sûreté ainsi que la sacristie » - archives municipales, registre des délibérations - le Conseil de Fabrique prit à sa charge la démolition de ces bâtiments et reconstruisit la sacristie.
La pauvre église Saint-Saturnin avait eu bien des malheurs ! Elle fut saccagée au 16ème siècle pendant les guerres de religion. En 1568, les troupes calvinistes commandées par de Pilles et Pardaillan saccagèrent la région. Plusieurs églises furent touchée dont celle de Chasseneuil, l’année suivante, après la bataille de Jarnac, le dimanche 13 mars 1569 et avant la prise de Chabanais.
Pendant l’époque révolutionnaire, on s’y réunit en assemblées « au son de la cloche », et on y fête même la Raison ; Mais déjà Saint-Saturnin est bien malade. Le 3 floréal an 11 on dit qu’il faut y faire de grosses réparations. C’est une nécessité urgente « suivant les experts ». le 3 janvier 1811 un devis estimatif est dressé pour les réparations à faire. L’année suivante on fait quelques travaux : crépissage de la façade, etc. Mais, malheureusement pas les plus importantes. Car le 23 août 1815 on apprend que l’église « est découverte », les travaux ne peuvent plus être différés « on aperçut des poutres et des chevrons hors d’état de servir, ce qui obligera le Conseil à faire visiter les dits bois de charpente détériorés, examens faits d’iceux par des gens de l’art, et étrangers aux dites réparations à faire… » le sieur Henri Chambord adjudicataire des travaux autorisés par le préfet va les faire sans attendre. Le 12 Mai 1819, le conseil est d’accord pour acheter « les objets les plus essentiels » au service du culte. L’état détaillé de ceux-ci sont « une aube 30 frs, un ornement complet noir 60 frs, un missel 20 frs, un bénitier et son goupillon 10 frs, une lanterne propre pour accompagner 6 frs, un confessionnal 64 frs, une pelle 2 frs, l’achat de ces objets 200 frs. C’est tout ce que le conseil a pu faire pour le moment se réservant de faire mieux aussitôt de ses ressources pourront le lui permettre » la municipalité a fait refaire la charpente, ce qui a tout de même coûté 2.393 frs.
Le 10 Mai 1830 le maire expose « que l’église a des réparations pressantes à faire qui différées plus longtemps pourraient entraîner sa ruine, ou du moins occasionner des dépenses énormes, que la pierre de taille des piliers ou contreforts qui appuie et soutiennent les murs, et la voûte presque toute tombée par l’effet de la gelée du temps ; que la charpente a besoin d’être renouvelée dans quelques parties où ses bois tombent de vétusté, que les bordages de la toiture ont également besoin d’être renouvelés entièrement, que la toiture entière a aussi un besoin pressant d’être refait à neuf.
La commune va s’imposer extraordinairement à la somme de 6.000 frs sur quatre années et portée au centime le franc sur les contributions foncières, professionnelles et mobilières « vu l’urgence » ! répète le maire… Et il s’adresse à Monseigneur l’Evêque d’Angoulême l’année suivante, car les travaux ont coût plus chers que prévu, on est habitué à cela encore aujourd’hui, et s’élèvent à 7.825 frs « déjà la commune a dépensé plus de 17.000 frs pour établissements publics, sans que jamais ni l’administration du département ni le chapitre diocésain soient venus l’aider par aucun sacrifice » conclue le conseil. Il en sera ainsi tout le 19ème siècle aussi, en demandant de plus en plus souvent le secours du département et de l’Etat Mais les élections nationales de 1902 vont tout changer. Le président du Conseil, Combes, ancien séminariste, docteur en théologie est devenu farouchement anticlérical. Il fait voter plusieurs lois importantes dés 1904 et dépose un projet de séparation des églises (catholiques ou autres) et de l’Etat, qui rompait ainsi le Concordat de 1802. Votée le 9 décembre 1905 sur le rapport nuancé du socialiste Aristide Briand, la loi dicte :
- la République assure la liberté de conscience…
- la République ne reconnait, ne salarie ni ne subventionne aucun culte… » et la loi imposait le retour à l’état de tous les édifices cultuels.
L’état pouvait donc louer ou prêter pour « les exercices de la religion » mais après inventaire. Cela fut mal perçu dans le pays tout entier ».
Au début du 21ème siècle, entré dans ce qui est maintenant la Communauté Européenne, Chasseneuil se décide à mettre en valeur ce que les anciens lui ont légué, en piteux état certes, le champ de foire qui devient le « champ de mars » et la place de l’église avec son édifice qui a été le témoin multiséculaire des joies et des peines des générations de chasseneuillais. Préalablement à ces travaux d’importance, notamment sur l’agora qui ceint l’église, l’I.N.R.A. (Institut National de Recherches Archéologique), qui soupçonnait un gisement intéressant depuis que les travaux d’adduction d’eau avaient révélés la présence de sarcophages de l’époque mérovingienne obtient de procéder à des fouilles du sol de l’ancien cimetière de Lausanne.
Les fouilles de ce site se sont déroulées dans des conditions très difficiles pendant tout l’hiver 2000/2001 particulièrement humide et froid mais qui n’a en rien rebuté la curiosité des chercheurs de l’INRA. Ces travaux ont été consignés dans le détail d’abord dans un document provisoire sous la direction de Sébastien Poignant assisté de Pascale Marlière, Françoise Stutz et Alii. Les mémoires définitifs, sous la forme de 2 volumes de 160 pages environ chacun, toujours avec les mêmes participants, ont été édités en 2004 et un exemplaire de chacun d’eux est en dépôt à l’Hôtel de Ville.
Ces mémoires bien que largement vulgarisés restent quand même très techniques tant pour les fouilles et le mobilier funéraire dégagé que pour les thèses et hypothèses qu’ils permettent d’avancer sur les invasions germaniques et romaines qui ont balayées notre région.
Les chercheurs investis dans ce qui n’était quand même pas tout à fait nouveau pour eux (des indices relevés lors de l’installation de l’eau courante dans les années de l’immédiat après-guerre laissaient à penser un gisement d’importance) se sont rapidement retrouvés devant une nécropole d’époque mérovingienne (Vème siècle environ). Les fouilles des sarcophages calcaires bien conservés ont apportées leur lot de surprises tant sur leur nombre que sur le contenu du « mobilier »funéraire qui accompagnait certains défunts, notamment les fibules et autres objets votifs ?, rituels ? et les bijoux des femmes qui devaient réserver des surprises de taille sur la provenance des pierres fines ou semi-précieuses qui étaient serties.
La totalité des objets recueillis au cours des fouilles a été restauré et consolidé avant de faire l’objet d’une exposition en 2005 dans la Maison des Associations, Place Victor-Hugo, et de l’édition d’une plaquette remarquable de précision et d’érudition. l’Abbé Michon.